Deux livres pour effleurer le temps

Publié le 14 novembre 2017

Saint-Nazaire est littéraire

Trente ans qu’ils regardent tour à tour l’estuaire depuis les baies vitrées de leur “maison“ d’un temps. Trente ans qu’ils y déposent les traces de leurs récits, de leurs langues maternelles, du parfum léger ou tourmenté de leurs pays, de leurs rêves et de leurs blessures. Oui, déjà trente ans que des auteurs du monde entier font étape à la Maison des écrivains étrangers et des traducteurs, qu’ils s’y croisent, s’y nourrissent, y créent. Et qu’ils rencontrent les habitants de cette ville qui en a vu d’autres.

Saint-Nazaire, port d’accueil des hommes et des Lettres, comme elle fut par le passé point de départ pour des aventures ou des fuites lointaines, le début du bout du monde, dans le tumulte des embarquements pour La Havane ou Veracruz.

Pour écrire à son tour cette histoire à travers tous ces mots qui la nomment, la Meet publie en ce mois de novembre Saint-Nazaire est littéraire, un passionnant recueil où les textes des “passagers“ nazairiens, de Flaubert, Cendrars, Stendhal... à Paul Nizan, Vladimir Nabokov, Yang Lian..., côtoient des clichés de tous les photographes qui ont saisi des instants de ces trente ans, réunissant les petits bouts d’ailleurs cristallisés dans l’identité de notre cité et les petits éclats d’ici éparpillés sur le globe terrestre.

Mireille Peña

Une présentation de Saint-Nazaire est littéraire (éd. Meet, 20 €) aura lieu durant Meeting n°15 samedi 18 novembre, 21h, au LiFE.

Taba-Taba

De quelle histoire suis-je fait ? Ce pourrait-être le fil d’Ariane du dernier roman de Patrick Deville, auteur et directeur littéraire de la Meet. Il y a d’abord l’enfance à l’ancien Lazaret de Mindin transformé en centre psychiatrique que dirige son père. A contempler la Loire et à aspirer les embruns, à se perdre dans la vision de Taba-Taba, un “fou“ aussi beau qu’un poète, et cette interminable épreuve d’emprisonnement dans un plâtre redresseur de hanche. Immobilité au milieu de ceux qui bougent : écouter, s’imprégner, lire, imaginer, voyager plus que tous à travers cartes et récits. Et quand vint l’âge adulte, une faim insatiable de nouveaux continents, de livres et de poètes à découvrir.

Et puis il y a la genèse de cette enfance, et la recherche de son histoire familiale qui lui a donné cette présence au monde tout autant que cette capacité à en rester spectateur, le cerveau en fermentation. Le personnage Patrick Deville nous ouvre la portière de sa voiture et nous voilà à suivre près de lui les traces infimes de ses ascendants emportés dans les courants de leurs vies tressées serrées à l’Histoire, qui les entraînèrent à Soisson, Barbizon, au fond des tranchées, Dôle... Mindin, autant de lieux que des écrivains ont aussi arpentés et dont les mots ne cessent de résonner dans la tête de celui qui fut ce petit garçon malade pour qui ils étaient la fenêtre sur le monde.

Un roman-récit foisonnant, un style propre à Patrick Deville, étrangement en équilibre entre correspondances baudelairiennes et regard du Nouveau roman, une aventure au côté d’un personnage aussi pudique que son auteur. 

Mireille Peña

Taba-Taba, de Patrick Deville, éd. du Seuil, 20 €, édition numérique 14,99 €.

 

 

 
 
 
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