Violoniste, jeune, Syrien

Publié le 10 octobre 2017

Bilal Al Nemr, 21 ans, sera le soliste de la Philharmonie des Deux Mondes ce jeudi 12 octobre à Pornichet. Rencontre avec un talent rayonnant.

© Caroline DoutreNous sommes arrivés en avance à notre rendez-vous au Croisic. Seul sur la scène assez vaste pour accueillir un orchestre, il répète Omar pour violon et orchestre, une composition de son compatriote Maias Alyamani qu’il doit interpréter le lendemain avec la Philharmonie des Deux Mondes de Saint-Nazaire. Moment précieux, inouï. Bilal Al Nemr ne nous voit pas, il ne voit rien, il est en feu, dans les éclats de ses notes, si loin de ce gymnase impersonnel. Pourtant, quand il pose son violon, c’est avec un sourire d’une douceur renversante qu’il nous accueille.

Bilal Al Nemr est né à Damas, d’un père maître-nageur et d’une mère dans la comptabilité. « Mon père aimait la musique, il m’a offert un petit violon-jouet avec quatre boutons, quatre chansons et un son d’orgue. Je n’arrêtais pas d’en “jouer“, alors il m’a offert mon premier violon, et ma mère m’a accompagné à l’école de musique, elle voulait tout faire bien. Pour moi, ce n’était pas encore une passion, je jouais juste avec ce que l’on m’avait donné. »

L’école était mauvaise, tout aurait pu s’arrêter là si l’enfant n’avait pas gagné un concours qui lui ouvrait la porte de la master class « d’un très vieux monsieur, Jacques, au conservatoire régional, il s’est passé quelque chose de fort ». Le petit a grandi, il a 10 ans, il lui faut un violon entier. Probablement attendri, le luthier lui offre un DVD du prodige Maxime Vengerov : « Je le regardais en mode mute, il avait 16 ans, je me suis dit que dans six ans, je serais comme lui, je regardais ses doigts, son archet, il m’a appris les bases de ce que je sais même si je suis allé au Conservatoire régional, puis national. La Syrie n’est pas un pays pour la musique classique européenne. »

En 2008, Bilal représente son pays lors d’un échange culturel en Grèce. « L’année d’après, l’échange s’est déroulé à Damas, et c’est là que j’ai fait une master class avec Sophie Baduel et Michel Duran Mabir. Ils voulaient m’amener tout de suite en France, dans leurs bagages, mais mes parents ont d’abord refusé. Ils ont insisté pour que je passe le concours du Conservatoire d’Aix-en-Provence, tout s’est passé très vite, en septembre 2010, je quittais la Syrie. J’ai refait mon CV récemment, et je me suis dit que ma vie était comme des dominos, un point a entraîné un autre point qui en a entraîné un autre. » Se met en place une chaîne de solidarité : en trois ans, trois familles aixoises l’accueillent et des mécènes le soutiennent. Viendra ensuite le temps du Conservatoire régional de Paris, puis du national, les concours, les concerts, les réussites, déjà la maturité. Jusqu’à cette rencontre avec Philippe Hui, chef d’orchestre de la Philharmonie des Deux Mondes, lors d’une conférence sur le beau au Sénat, « encore un nouveau domino ».

« Cinq ans sans voir sa famille, c’est long... Je me sentais coupable d’avoir abandonné ma petite sœur, son école a été bombardée deux fois. Mais je devais avancer, quoi qu’il arrive, je ne devais pas les décevoir. Maintenant, ma famille est réunie, nous avons obtenu un visa, c’est 50 000 tonnes qui ont quitté mes épaules. »

« J’ai eu une belle vie, affirme Bilal, 21 ans. J’ai deux outils, mon violon et mon archet, et j’ai envie de m’en servir, de reconstruire à ma façon. Un jour, on pourra tout faire, et je bâtirai en Syrie une fondation classique, un pont entre les cultures. »

Mireille Peña

Concert “Par-delà les murs“  : jeudi 12 octobre, 20h30, à l’hippodrome de Pornichet.
Tarifs : 20 €, 5 € moins de 12 ans et élèves d’écoles de musique.
Réservation : 06 75 50 63 03, www.philharmoniedes2mondes.fr

 

 
 
 
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