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mar. 19 juin 2018 Associations # Saint-Nazaire

Elle est à toi cette chanson

La chorale au Clair de la Rue de Saint-Nazaire, une chorale bien singulière. Retour sur sa jeune histoire.

Tout a commencé à Nantes en 2008, devant ce triste constat du collectif « Les morts de la rue » : les personnes sans abris sont inhumées dans des conditions indignes. La première Chorale Au Clair de la Rue est ainsi née, pour les accompagner jusqu’à leur dernier voyage. Avec la grande particularité d’être composée par des personnes elle-mêmes exclues.

Qu’importe ici les chemins chaotiques de chacun, seule compte la réunion de toutes les compétences non reconnues : jouer d’un instrument, aimer chanter, avoir de l’humour ou de la poésie, savoir écrire des textes. Pour (re)trouver le désir de s’impliquer dans un groupe et, pourquoi pas, commencer à reprendre pied.

C’est en 2015 que le centre d’accueil de jour le Trait d’union* de Saint-Nazaire, confronté à cette même réalité, décide de se lancer dans l’aventure et de rejoindre Nantes à travers la création de la Fédération des chorales au Clair de la Rue. L’objectif ? Avoir une partie de répertoire en commun pour permettre les rencontres, les échanges, des actions menées ensemble. Depuis, une chorale s’est montée à Bordeaux, une autre à Paris en janvier dernier, et une est en projet à San Francisco. Au Clair de la Rue de Saint-Nazaire est déjà partie chanter à Rome avec celle de Nantes, qu’elle a d’ailleurs accueillie à la salle Jacques-Brel en décembre dernier pour une grande fête musicale de fin d’année. Les deux chorales ont également enregistré en octobre 2016 un CD, à usage interne pour l’instant.


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A SAINT-NAZAIRE /////

Nous avons assisté à une des répétitions de la chorale de Saint-Nazaire, qui se tient tous les vendredis après-midi au local du Trait d’union. Ce jour-là, une dizaine de personnes, professionnels, bénévoles et « usagers » mélangés, qui avec une guitare, qui avec un accordéon ou des maracas, s’entraînaient sur L’Auvergnat. Nous n’en sommes pas sûrs, mais nous croyons bien avoir entraperçu l’œil malicieux de Georges Brassens, ravi d’entendre sa chanson chahutée par de si belles personnes. Car s’il est vrai que les voix n’étaient pas parfaites, l’harmonie de l’être-ensemble était bien là, comme la justesse d’un plaisir partagé. « Quand dans ma vie il faisait froid » semblait pour un instant oublié. Laissés à la porte les bouts de trottoirs, les squats ou même le foyer Blanchy, la détresse et la solitude. A tel point que nous n’avons pu nous empêcher de chanter à l’unisson, aussi faux d’ailleurs. Ils en ont profité pour nous demander de passer le message : ils cherchent un chef de chœur ! Mais la bonne nouvelle est qu’ils viennent de rejoindre le projet de grande chorale « Quartiers enchantés » imaginé par la Philharmonie des deux Mondes, dirigée par le chef d’orchestre nazairien Philippe Hui. Un projet audacieux puisqu’il réunit les Maisons de quartier de la ville, le Secours populaire, la Fraternité et, donc, Au Clair de la Rue, avec une première répétition programmée au mois de mars. « La vie est à peu près leur seul luxe ici bas », chantait Brassens.

*Association Solidarités et Créations, dont nous reparlerons dans un numéro ultérieur d’Estuaire.

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