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mar. 16 oct. 2018 Associations # Saint-Nazaire

Traitement des données et eau maltraitée

La présence de pesticides dans les eaux souterraines est une question d'écologie et de santé. Des associations environnementalistes la mettent sur la place publique.

Pour y voir clair comme de l’eau roche, Bretagne Vivante Estuaire Loire-Océan (voir encadré) invite Jacques Nève et Etienne Dervieux, membres d’Eau et Rivières de Bretagne, lors d’une conférence intitulée : “Santé et pesticides, la pollution invisible de l’eau”. Rencontre avec l’un des deux spécialistes.

Estuaire. En quoi consiste l’étude BigData-Pesticides que vous allez présenter ?
Etienne Dervieux. Après avoir récolté un grand nombre de données publiques (d’où ce nom de big data) sur les relevés officiels des eaux souterraines et des eaux de rivière, nous avons cherché les traces de pesticides dans neuf départements du Grand Ouest (Bretagne et Pays de la Loire) sur les années 2007 à 2017. Cela représente plus de 5 millions de données analysées pour dégager des tendances générales. Dans toutes ces masses d’eau, il apparaît clairement la présence de plusieurs centaines de pesticides qui portent atteinte à la santé humaine, à la biodiversité et à notre environnement.

Estuaire. Comment connaître l’origine de ces pesticides ?
Dans un second temps, nous avons demandé l’accès aux données de l’Ineris sur le commerce des pesticides. Ces informations précises sont connues des élus, mais protégées par le secret industriel. En 2017, nous en avons obtenu l’accès. Cette base de données enregistre tous les produits vendus, par département, par date, au gramme près. En croisant toutes ces données, nous pouvons affirmer que sur 307 traces de pesticides identifiées dans l’eau, 90 à 95 % sont les effets de l’agriculture intensive. Ces traces de pollution représentent des risques d’intoxication pour la population.

Estuaire. Quels risques représentent cette pollution ?
Il existe différents types d’intoxication aux pesticides. L’intoxication aiguë concerne des agriculteurs en contact régulier et prolongé avec les substances actives des pesticides répandus dans les champs (par exemple, Lasso est un herbicide vendu par Monsanto et interdit pour sa toxicité). Ensuite, l’intoxication chronique est identifiée chez des personnes exposées à faible dose, mais sur des périodes longues, par exemple chez des habitants qui vivent près des champs. Et enfin l’intoxication génétique se transmet au fœtus par la thyroïde et peut provoquer des malformations. Il est donc important de faire passer un message de prévention aux agriculteurs : protégez-vous et protégez également vos voisins des intoxications chroniques et génétiques.

Estuaire. Comment inciter les agriculteurs emprisonnés dans un modèle intensif à amorcer ces changements ?
Ces messages de prévention doivent s’accompagner de politiques favorisant le développement d’une agriculture biologique. Nous tentons d’informer les élus locaux, mais c’est un profond changement de paradigme qui doit s’opérer. Isabelle Delannoy, ingénieure au CNRS et auteure de L’économie symbiotique, parle d’un nouveau modèle économique basé sur la régénération du vivant, et non sur un modèle de croissance infini avec des ressources limitées. Ces effets s’opèrent sur plusieurs générations et ne sont pas visibles à l’échelle d’un mandat électoral…

Estuaire. Avez-vous interpelé les élus locaux sur ces questions ?
Avec Bretagne Vivante et Eau et Rivières, nous sommes régulièrement en contact avec eux. On sent bien que ces données sont gênantes. Dans les conseils municipaux, même avec de la bonne volonté, les élus n’ont pas le temps de faire des analyses techniques ni de maîtriser tous leurs dossiers à fond. Les transformations à mener s’opèrent sur le long terme.
La loi Labbé de 2014 dite “Zéro Phyto” vise à interdire l’utilisation des pesticides par les collectivités locales, à l’exception des cimetières et des terrains de sport qui sont des zones où les mauvaises herbes restent très mal vues. Mais cela pose aussi la question de l’environnement que l’on souhaite pour nos enfants qui se roulent dans l’herbe durant un match de foot.

Estuaire. La nappe phréatique de Campbon est réputée pour offrir une eau très pure dans les réseaux de la Carene. Peut-on la préférer à l’eau en bouteille ?
La nappe de Campbon est naturellement faible en nitrate grâce à l’action d’une roche la pyrite qui détruit les nitrates. Ainsi, la teneur en nitrate dans l’eau de la Carene est bien inférieure à la plupart des départements bretons. Pour autant, il existe des traces de centaines d’autres pesticides (tels que le prosulfocarbe, le glyphosate et bien d’autres) présents en quantité infinitésimale qui constituent un danger d’intoxication chronique. La potabilisation de l’eau par la Carene se fait au chlore. Il existe des techniques par nanofiltration ou osmose inverse plus propres, mais plus coûteuses. En revanche, l’eau vendue en bouteille plastique concentre des traces de phtalates et autres perturbateurs endocriniens. C’est pourquoi je recommanderais de boire l’eau du robinet plutôt que l’eau en bouteille.

///// BRETAGNE VIVANTE, UNE ASSOCIATION ÉCOLOGISTE /////
Bretagne Vivante est une association de protection de l’environnement reconnue d’utilité publique. Forte de plus d’une vingtaine d’antennes locales dans les départements bretons et en Loire-Atlantique et d’une cinquantaine de salariés, elle réalise des inventaires sur la biodiversité. L’antenne Estuaire Loire-Océan, basée à Saint-Nazaire, organise régulièrement des événements pour sensibiliser les élus, citoyens et acteurs économiques pour la préservation de cette biodiversité.
Elle soutient notamment l’appel des 100 pour l’interdiction des pesticides de synthèse : Nous voulons des coquelicots.

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