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mar. 23 févr. 2021 Associations

Jeunesses face au Covid : Touchées par la pauvreté

Dans ce deuxième volet de notre dossier "La jeunesse face à la crise sanitaire", Estuaire a interrogé les associations de solidarité, celles qui, depuis mars dernier, sont mobilisées pour lui venir en aide.

En décembre dernier, le rapport d’enquête de l’Assemblée nationale « pour mesurer et prévenir les effets de la crise du covid-19 sur les enfants et la jeunesse » indiquait que « la pandémie a révélé la grande pauvreté qui se répand chez les jeunes depuis vingt ans. Entre 2002 et 2018, le taux de pauvreté des 18-29 ans a déjà progressé de plus de 50 % ». Les chiffres sont accablants. Qu’en est-il sur Saint-Nazaire et sa région ?

Inquiétude au Secours populaire et aux Restos du cœur

Le constat est le même pour le Secours populaire et les Restos du Cœur. Ils observent une forte augmentation du nombre de bénéficiaires depuis le début la crise, notamment chez les moins de 30 ans. « Leur nombre a doublé depuis mars », s’inquiète Izaline Lamoot, bénévole et coordinatrice au comité nazairien du Secours populaire. Entre 2019 et 2020, l’association avait déjà mesuré une hausse de 16 %. « Nous constatons une véritable détresse. Et cela nous est d’autant plus compliqué à soulager que la cafeteria est fermée pour cause de crise sanitaire, nous ne pouvons donc pas passer beaucoup de temps avec eux », regrettent les responsables de l’antenne nazairienne des Restos du cœur.
Ne bénéficiant pas de revenus minimum sociaux, sans emploi, de plus en plus de jeunes adultes de moins de 25 ans s’enfoncent dans la pauvreté. Et il n’y a pas qu’à Paris ou dans les grandes villes que des marchands de sommeil profitent de la crise sociale. « Certains sont hébergés par un tiers. Nous avons le cas de six jeunes qui logent à Saint-Nazaire dans une cave pour 400 euros par mois », raconte Izaline Lamoot. D’autres, isolés, se retrouvent à la rue, comme l’a révélé la récente évacuation de la Maison Géronimo, un squat d’immeuble de la Silène, rue de Littré*. La grande majorité de ces sans-domicile fixe avaient moins de 25 ans.


Autre conséquence sur cette augmentation du nombre de bénéficiaires : « Les colis ne sont pas aussi fournis qu’à l’habitude, tient à préciser Izaline Lamoot. Le marché de l’approvisionnement est très tendu. » Lors de sa collecte traditionnelle de fin novembre, la banque alimentaire de Loire-Atlantique s’inquiétait aussi de cette difficulté, elle qui avait déjà annulé sa collecte du mois de mars 2020. Les deux collectes représentant 20 % des marchandises.
Au premier confinement, les associations avaient fait face à l’urgence. Les Restos du Cœur avaient mis en place une distribution d’aide alimentaire sur le campus de l’IUT en lien avec les associations étudiantes**. Une aide qui s’est révélée ponctuelle. Car aujourd’hui, « nous avons très peu d’étudiants parmi nos bénéficiaires sur Saint-Nazaire », tentent-ils de rassurer. Mais tout est constamment à réajuster.

Les travailleurs précaires plus touchés

En revanche, la situation est devenue très délicate pour les jeunes salariés précaires. « Nous voyons beaucoup de jeunes intérimaires et saisonniers qui ont perdu leur travail avec les confinements successifs. Ceux qui sont au chômage, qui ne touchent pas d’indemnités, ou très peu, et tous ces jeunes qui étaient en période d’essai que le confinement de novembre a stoppé brutalement », constate la bénévole du Secours populaire.
Les jeunes, plus soumis aux contrats précaires, ont donc subi de plein fouet la crise sanitaire. Malgré une saison touristique moins catastrophique qu’annoncée, un bon tiers des entreprises du secteur ont diminué les embauches de saisonniers pour limiter les pertes liées au premier confinement. Sans oublier tous les bars et restaurants qui ont fermé leurs portes depuis novembre. L’aéronautique, grande pourvoyeuse d’intérimaires, a de fait été sérieusement impactée. Sur les 8 à 10 000 personnes inscrites en intérim sur le bassin nazairien, seulement
2 000 ont aujourd’hui des missions. C’est ainsi sans surprise que le taux de chômage a fortement augmenté sur Saint-Nazaire et sa région. « Saint-Nazaire est la ville subissant la plus forte augmentation (NDLR : Pays de la Loire), avec un taux de chômage de 8,9 % au 3e trimestre 2020 contre 7,3 % au 3e trimestre 2019 », souligne dans une étude la Dirrecte (NDLR : Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi).
Si certains professionnels des ressources humaines et du recrutement estiment que le plus dur est passé et restent positifs sur les perspectives d’emploi pour 2021, les associations de solidarité n’affichent pas le même optimisme. « On s’attend à une fin de printemps et un début d’été difficiles », prévient le Secours populaire, qui a dû, en prévision, reculer sa grande collecte d’avril à juin. « Avec la fin des aides de l’Etat lorsque l’épidémie va s’atténuer, on prévoit un afflux plus important de personnes ayant besoin d’une aide alimentaire. » Une inquiétude que partagent les Restos du Cœur.
L’année 2021 s’annonce donc encore difficile pour les jeunes du bassin nazairien. Reste la question en suspens : quel impact aura la crise sur le long terme pour tous ceux qui étaient déjà en situation de fragilité ?

///// Les jeunes Nazairiens touchés par la pauvreté avant l’épidémie /////

29 % de la population ayant achevé ses études est quasi sans diplôme ou de bas niveau de formation.
La proportion de salariés de 15-24 ans en contrat précaire approche les 40 % (hors apprentissage), soit une part plus importante qu’au plan national.
Environ 1 710 jeunes sont potentiellement en difficulté d’insertion.

(Source : Observatoire régional de la Santé)

Une crise qui pèse sur la santé mentale

De l’aveu des professionnels de la pédopsychiatrie, la crise sanitaire pèse sur la santé mentale des plus jeunes. A la Maison des adolescents de Saint-Nazaire, l’activité n’a jamais été aussi importante que depuis mars dernier. « C’est difficile en ce moment. Nous avons beaucoup de demandes », relève Véronique Bénard, chargé d’accueil au sein de la structure. La Maison a en effet pour mission de répondre aux questions que se posent les adolescents : relation aux autres, problèmes de famille, amis, mal-être, corps, puberté, sexualité, consommation de drogues, violence, prise de risque… « Les adolescents sont soumis à plus de pression. Avec les salles de sport et d’activités fermées, ils ont moins de moyens de décompression », observe la professionnelle. Une pression qui s’exerce d’autant plus que l’ambiance médiatique est anxiogène et pèse sur le moral des familles. « Nous constatons des refus scolaires, l’accompagnement est plus compliqué. » Même si la Maison des adolescents insiste sur le fait que « 80 % d’entre eux vont bien », la crise est beaucoup plus impactante sur ceux qui vivaient déjà une situation difficile. « Ceux qui allaient mal avant sont les plus touchés. »


S’il n’existe pas de données précises sur l’état de santé mentale des jeunes pour cause de secret médical, le diagnostic santé sur Saint-Nazaire réalisé par l’Observatoire régional de santé en 2018 donnait déjà des indications inquiétantes sur la situation avant l’épidémie. « En matière de santé mentale, la situation nazairienne apparaît défavorable. Le taux d’admission pour affections psychiatriques de longue durée dans la population nazairienne (170 admissions par an) est en effet supérieur d’environ 40 % à la moyenne nationale. »

Pas de misérabilisme

Malgré ce panorama sombre, nombreuses sont les associations et les professionnels de la jeunesse qui continuent à porter un regard optimiste sur l’avenir. Il n’est pas question de tomber dans le « misérabilisme », soutiennent les rapporteurs de la commission d’enquête de l’Assemblée nationale. « Les jeunes sortent, certes, de cette crise plus dépendants aux écrans, plus pauvres, plus déprimés, mais ils en sortent vivants, plus visibles et mieux pris en compte. Certains se recroquevillent, légitimement effrayés par la crise économique, d’autres décident de courir le risque de lancer une nouvelle activité, de chercher un emploi porteur de sens. Ce virus les oblige à se projeter et à définir dans quel monde ils voudront atterrir, même s’il empêche l’action présente. »
Là est peut-être l’espoir de cette épidémie.

* Lire nos articles “Retour à la rue pour les ‘habitants’ de la Maison Geronimo” du 18 décembre 2020 et “Situation d’urgence à Saint-Nazaire” du 11 janvier 2021.
** Les Restos du Cœur vont organiser à nouveau une distribution d’aide alimentaire sur le campus de l’IUT à partir du 8 mars, tous les vendredis après-midi.

 

///// Le constat du rapport de l’Assemblée nationale /////

Plus de 50 % des jeunes sont inquiets quant à leur santé mentale
30 % ont renoncé à l’accès aux soins pendant le Covid-19, faute de moyens
700 000 jeunes vont faire leur entrée sur le marché du travail, ils vont rejoindre les 600 000 déjà au chômage en France.
C’est le plus fort contingent en Europe : 21,2 % des jeunes de 18 à 25 ans sont au chômage en France
38 % de jeunes travaillent dans le cadre d’un contrat précaire, soit sans contrat, en CDD ou en auto-entreprenariat
Un jeune sur six a arrêté ses études depuis le début de la crise
43 % des non-diplômés n’ont pas accès à Internet

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