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dim. 22 mars 2020 đŸ˜· COVID 19

TĂ©moignage #2

Le plus dur devient de ne pas pouvoir dire que j’ai peur.

Nous sommes soignant.e.s, nous avons donc, trĂšs statistiquement, un risque indĂ©chiffrable d’ĂȘtre contaminĂ©.e.s. De contaminer nos proches. De les rendre malade.

Nous ne pouvons pas en parler, mĂȘme entre nous, mĂȘme aux gens qu’on aime si fort. Parce que justement nous allons leur faire prendre plus de risques que les autres.

MĂȘme si ils restent enfermĂ©.e.s Ă  la maison, mĂȘme si tout est fait pour que ça se passe bien, mĂȘme si je respecte toutes les rĂšgles d’hygiĂšne possible.

Le risque est lĂ , je le sais et je ne peux rien faire contre, je ne peux pas leur dire.

Lui il le sait, mais il reste quand mĂȘme. Il me sert un peu plus fort chaque jour, il ne dit rien mais j’ai bien vu au fond des yeux ce qui passait.

Nos proches, nos familles. Des appels plus frĂ©quents, des attentions constantes, des masques et des blouses cousus maison, des petits plats passĂ©s par la fenĂȘtres et des promesses que je ferai attention. « Tu promets, tu ne prendras pas de risques inutiles ».

Bien sur que non, nous ne prenons pas de risques, nous ne sommes pas des héros ou des héroïnes, nous faisons notre travail sans moyen, avec une reconnaissance inutile à ce jour.

Cette colÚre nous la hurlons depuis des mois, des années.

Pour la premiĂšre fois je vais au travail en ayant la trouille pour mes proches, sensation insupportable que nous pourrions amoindrir Ă  dĂ©faut d’avoir pu l’Ă©viter.

Restez dans votre putain de maison, aimez vous et faites des crĂȘpes.

Capucine Hauray

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