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mar. 22 janv. 2019 Livres # Saint-Nazaire

“Là (L-A, Loire Atlantique)” de Jean-Claude Pinson : le local moins les murs

L’auteur Jean-Pierre Suaudeau reçoit à la librairie l’Embarcadère de Saint-Nazaire le poète et philosophe Jean-Claude Pinson autour de son dernier opus “Là”.
Présentation par Jean-Pierre Suaudeau lui-même.

Pour qui découvrirait l’auteur, faisons tout de suite la peau à l’idée que, via son titre, ce livre renverrait à la savante monographie départementale de quelque érudit local : il n’en est rien. Ou alors à la manière d’un Pierre Bergounioux ou d’un Julien Gracq : le local comme champ d’investigation poétique et réflexif, un écho littéraire à la rumeur du monde.

Jean-Claude Pinson le dit lui-même, de Nantes à Saint-Nazaire et au Cormier (« de l’autre coté de l’eau… »), il n’aura guère quitté le département, « le cadre spatial et temporel d’une existence ». constitue donc « une autobiographie ressaisie dans les plis de la Loire-Atlantique en vue de quelque musique d’écriture ». Car si emprunte la voie de l’autobiographie, c’est porté par une écriture singulière, à la fois grave et drôle, savante et légère, qui ne se prend jamais tout à fait au sérieux quand bien même elle développe des questionnements avec la profondeur et l’exigence du philosophe. Ici, poésie et philosophie avancent du même pas. Cependant, tout en abordant Mallarmé, Tostoï ou Holderlin, l’auteur, dans un même mouvement, nous embarque à la fête de la moule à Pornic,  à la pêche à la civelle et à la lamproie en bords de Loire ou encore aux matches de rugby à Saint-Nazaire.

Ce joyeux mélange, ces chocs contrapuntiques (qui n’étonnent pas tout à fait chez cet amateur de free-jazz) confèrent au texte une légèreté gracieuse, élégante, tonique.

Il faut se laisser bercer, emporter, comme par le courant d’un fleuve (pourquoi pas la Loire chère à l’auteur), par cette prose poétique jamais ennuyeuse, revigorante, traversée de bifurcations et de digressions, de remous capables de secouer nos esprits embrumés sans jamais nous abandonner sur les (bancs de) sables.

Bien plus qu’un livre de souvenirs, bien plus qu’un livre sur la Loire-Atlantique, effectue un retour sur existence, non comme un testament (ce n’est heureusement pas l’heure !), mais plutôt comme une façon d’interroger l’époque, de poser un regard sur le passé et d’envisager l’avenir, de ramasser expériences et savoirs pour relancer la machine à penser qui, pourtant, ne s’interrompt guère chez Jean-Claude Pinson. Lequel, après avoir exploré et développé le concept de “poétariat” (il en sera certainement question vendredi soir à l’Embarcadère), ouvre maintenant une féconde réflexion sur l’avenir de la poésie, sur le rapport qu’elle entretient avec l’écologie : « C’est vers un autre mode de vie vers lequel il faut se tourner ; c’est un autre rapport à la terre et aux lieux qu’il faut inventer — un rapport poétique, non prédateur. Et pour cela l’humanité a besoin de poètes (de poètes au sens le plus large du mot, bien au-delà de la seule poésie). » Non sans ajouter : « Le vrai luxe est dans la lutte pour se faire chaque jour le poète de sa propre existence. » On y souscrit aisément.

Jean-Claude Pinson cite cette pensée de l’écrivain portugais Miguel Torga : « L’universel c’est le local moins les murs. » On ne saurait mieux définir ce texte beau et puissant.

///// ITINÉRAIRE /////

Jean-Claude Pinson est né dans la banlieue nantaise en 1947. J’habite ici (éd. Champ Vallon), son premier recueil de poèmes publié en 1991, évoque sa présence à Saint-Nazaire, ville qu’il a habitée une vingtaine d’années.

La bibliographie de Jean-Claude Pinson est riche d’une dizaine d’ouvrages de poésie et d’autant d’essais philosophiques à quoi il faut ajouter ses multiples contributions dans diverses revues.

La revue Nu(e) dédiée à la poésie contemporaine lui a consacré un numéro spécial en octobre 2016. De par sa portée à la fois poétique et réflexive, la notoriété de son œuvre a depuis longtemps franchi les limites du département.

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