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mar. 05 mars 2019 Portraits # Saint-Nazaire

Du pain de A à Z

Derrière la “Boulange rieuse” de Saint-Nazaire, on trouve la personnalité rare de Solenne Goujon, 40 ans, agricultrice ET boulangère.

Un diplôme d’ingénieur paysagiste en poche, Solenne Goujon quittait son pays angevin natal pour travailler en région parisienne. Onze ans plus tard, le désir de quitter la grande ville devenait si puissant qu’elle partait travailler chez un paysagiste de La Baule, puis comme responsable du service Espace vert d’une commune du Sud Loire. Mais…

Mais elle ne se sent pas si bien que ça, son rapport avec la nature lui semble comme relâché. Elle commence donc à envisager une reconversion dans l’agriculture. Oui, mais quoi ? D’autant que le syndrome de Raynaud dont elle est atteinte limite ses possibilités puisqu’il l’empêche de rester longtemps dans le froid.

2016 fut l’année décisive, quand elle s’est rendue à une journée d’information tournée vers les néo-ruraux souhaitant mettre un pied dans le milieu agricole organisée par la Confédération paysanne. C’est là que se fit la rencontre avec Mélina, boulangère bio de Batz-sur-Mer. « Mon choix s’est pourtant vraiment arrêté lors d’une journée portes ouvertes du Jardin des Forges de Saint-Nazaire, confie-t-elle. Alain Parise venait de terminer son four à pain et avait invité l’association Triptolem, qui travaille à la transmission des savoir-faire et des semences anciennes conservées depuis des générations. Là, j’ai su ce que je voulais faire, tout prenait sens, j’avais trouvé mon catalyseur : je serai paysanne ET artisane, agricultrice ET boulangère. »

Il fallait commencer par trouver des terres. Par chance, un agriculteur près de Savenay partant à la retraite ne souhaitait pas que les siennes partent en agrandissement et cherchait trois jeunes prêts à s’installer en bio. « J’ai fait mes premiers semis en octobre 2016 avec l’aide de la Coopérative d’utilisation de matériel agricole de Campbon. Les terres étant cultivées en traditionnel, il fallait attendre deux ans pour passer en bio, j’ai donc vendu ces récoltes. »

 « Cet été sera mes premières moissons bio que je vais pouvoir utiliser pour fabriquer mon pain. »

Ah oui, revenons au pain… Parce que pendant cette installation, Solenne Goujon s’était aussi lancée dans la boulangerie, d’abord en se formant chez une boulangère bio de Nivillac, puis en allant faire son pain chez son amie Mélina de Batz-sur-Mer pour le vendre chez elle, à Saint-Nazaire. « C’était difficile, je faisais du porte-à-porte dans mon quartier avec mes premiers pains qui n’étaient pas toujours très jolis…. »

Depuis, l’horizon s’est élargi : avec l’aide de son compagnon et d’amis, la maison familiale s’est vue adjoindre un vrai fournil avec un four à bois. « Ça marche bien, je fais deux fournées par semaine, bientôt trois, je vends sur commande, au fournil et sur six points de vente, sans compter les marchés locaux, les salons… Je fais tout, livraisons comprises, c’est physique, mais j’estime que j’ai de la chance, je me dégage un Smic, sans prêts à rembourser. Surtout, je fais ce que j’aime et réussis enfin à œuvrer au jour le jour à ce qui me tient à cœur, l’écologie. » Et bientôt, elle n’aura plus besoin d’acheter de la farine bio, la boucle sera bouclée.

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