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mar. 02 févr. 2021 Portraits # Saint-Nazaire

Matthis Daniel, l’infatigable nageur

Le jeune Nazairien de 22 ans atteint de trouble envahissant du développement a battu le record de France du 200 mètres papillon en sport adapté. Un record de plus à son palmarès. Portrait.

2 minutes, 29 secondes et 76 centièmes. C’est le temps réalisé par Matthis Daniel au 200 m papillon lors du Meeting qui s’est déroulé le dimanche 24 janvier dernier à Nantes. Mais, surtout, cet athlète nazairien vient de battre le record de France de natation en sport adapté. Une performance qui doit servir de « base de travail et qu’il faudra encore améliorer pour espérer marquer des points lors du prochain championnat du monde qui a lieu au Brésil à l’automne prochain, si ce n’est pas annulé pour des raisons de Covid », soutient son entraîneur Steven Maillard, salarié du club Handi’Nat de la région nazairienne*. Un exploit d’autant plus impressionnant que Matthis Daniel a nagé avec les valides.

Depuis neuf ans, l’entraîneur s’occupe de ce grand gaillard de 22 ans atteint d’une forme légère de trouble envahissant du développement, plus communément appelé TED. « Il est atteint par une forme légère d’autisme avec un certain retard mental et une hyperactivité. Il a une compréhension littérale des consignes. Il ne comprend que les mots au premier degré, explique-t-il. Il faut donc savoir adapter son discours, trouver les bons mots pour qu’il comprenne ce qu’il faut faire. » Sa mère, Charline Daniel, illustre ces moments d’incompréhension liés à son handicap.  « Lors d’une séance d’entraînement, son entraîneur lui disait qu’il voulait qu’il soit fatigué à la fin. Matthis ne comprenait pas. Steven voulait simplement lui dire de se dépasser dans l’effort. Matthis lui répondait que lorsqu’il est fatigué il va se coucher », raconte-t-elle, tout sourire.

 

Se faire accepter

Ce travail patient et de longue haleine débouche aujourd’hui sur une profonde complicité. « Quand Steven a dit, c’est comme si Dieu avait parlé », s’amuse à dire la mère de Matthis. « Et c’est la même chose avec Bertrand Sébire, le responsable du pôle France de natation sport adapté. » Ce dernier l’avait repéré lors d’un stage à Angers alors qu’il avait seulement 13 ans.

« On nous disait qu’il fallait lui trouver un club et un entraîneur. Mais on ne voulait pas de lui à l’époque. Il a fallu l’intervention de Bertrand pour qu’il soit accepté. Les clubs locaux étaient réservés aux valides », souligne-t-elle.

Le handicap, physique ou mental, a toujours effrayé les clubs sportifs. « Avant qu’il fasse de la natation, Matthis faisait du judo dans un club valide à Guérande et c’était déjà la galère pour qu’il soit accepté », pointe du doigt cette dernière, qui le suit sur la moindre compétition en France ou à l’international. C’est grâce à la bonne volonté d’un jeune maître-nageur, Steven Maillard, que les événements se débloquent.

« On m’a proposé de m’en occuper. J’ai dit pourquoi pas ! Il a fallu que j’apprenne à modifier mes méthodes d’apprentissage », raconte ce dernier.


Un combat permanent

Matthis impressionne les autres nageurs. Il ressent rarement la fatigue. « C’est lié à son hyperactivité », soutient son entraîneur. Le jeune champion s’entraîne quatorze par semaine à l’Aquaparc ou à la piscine de la Bouletterie, sans compter les séances de musculation en salle de sport. « Ce sont les seuls partenaires que nous avons. Les gérants d’Atlantic Form nous mettent gratuitement à disposition leur salle et les équipements. Par contre, c’est nous, les parents, qui payons son entraîneur sur ces heures de musculation. » Sponsors et partenaires ne se bousculent pas à la porte des sportifs de haut niveau en sport adapté. Et malgré tous ses résultats** depuis plusieurs années, Matthis ne touche aucune prime de compétition***.

« On les met souvent à l’honneur. C’est flatteur mais ça s’arrête là », regrette Charline Daniel. En 2019, la Ville de Saint-Nazaire lui attribue le titre de Sportif de l’année dans la catégorie Elite.

Au delà-du sport, « il est actuellement en IME (ndlr, institut médico éducatif). Mais en septembre c’est terminé. Son dernier stage en Esat a été annulé (ndlr, établissement et service d’aide par le travail, un établissement médico-social de travail protégé, réservé aux personnes en situation de handicap et visant leur insertion ou réinsertion sociale et professionnelle). Et pour le moment, comme pour de nombreux jeunes, la situation est anxiogène ». Sa mère aimerait un coup de pouce pour lui trouver un stage professionnel.

Les résultats sportifs de Matthis sont à l’image des victoires des différents combats que ses parents mènent depuis qu’ils l’ont adopté lorsqu’il avait 22 mois. « On se doutait qu’il avait un certain retard, on l’a fait diagnostiquer. On nous disait qu’il ne pouvait rien faire. Puis il a fallu se battre pour lui trouver des structures, maintenant on doit se battre pour sa vie professionnelle. »

Pour autant Matthis est assez autonome. « Il a réussi à passer son permis de conduire. C’est une grande fierté. » Malgré un avenir professionnel incertain, une épidémie qui impacte les compétitions sportives, le jeune Nazairien et son entraîneur ne cachent pas leur ambition : les Jeux olympiques de Paris en 2024.

* Voir Archive Estuaire Décembre 2019 : « L’accès à l’eau pour tous »

** Il est champion de France natation sport adapté 100 et 200 papillon, médaillé d’argent 50 m papillon, et de bronze en 200 m et 400 m nage libre.

*** Les stars de la natation française en comparaison avec les autres sports touchent en moyenne 1 500 à 2 000 € par mois, selon un article du Figaro de 2015, l’essentiel de leurs revenus venant des contrats publicitaires.

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