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mar. 06 avril 2021 Portraits # Saint-Nazaire

Olivier Josso Hamel, l’auteur en recherche mémorielle

Ce Nazairien d’origine s’est imposé comme un auteur incontournable de la scène BD alternative grâce à son roman graphique “Au travail”. Portrait d’un homme à la recherche de son passé.
Crédit Photo @Alain François

Grand merci à Olivier Josso Hamel pour avoir offert à Estuaire son dernier autoportrait, encore inédit.

Il était l’un des invités de la 3e édition du festival BD Pornichet Déam’bulle, lequel a malheureusement dû être annulé à la dernière minute à la suite du troisième confinement. Olivier Josso Hamel est aujourd’hui reconnu comme un auteur majeur de la BD alternative. En 2012, il percute la scène BD avec le premier tome de son roman graphique Au travail paru aux éditions L’Association et qui fait l’unanimité parmi les critiques. « Beau, intime et psychédélique », résume Télérama. Cette reconnaissance va lui permettre de décrocher une bourse du Centre national du livre pour plancher sur un deuxième opus. En 2017, le deuxième tome intègre le Top 10 de la bédéthèque idéale de Télérama. L’année suivante, l’album fait partie de la sélection officielle du festival d’Angoulême.

Une histoire familiale

Avec ces deux albums, le quinquagénaire nous plonge dans ses souvenirs d’enfance en recomposant son puzzle mémoriel. Il y raconte son histoire familiale à Saint-Nazaire, l’absence de son père, dessinateur industriel aux chantiers décédé lorsqu’il avait 2 ans, et ses blessures personnelles. Cette quête dessinée et écrite avec grâce est touchante.
« Je l’ai entamée en 2007 à la suite de deuils familiaux. Beaucoup de questions ont alors émergé. C’était un choc, j’étais ébranlé », explique celui qui, aujourd’hui, n’a plus de famille dans la ville de l’estuaire et qui vit à Treffieux, entre Nantes et Rennes. Ces deux premiers opus étaient donc comme une thérapie, qu’il continue encore aujourd’hui avec son troisième album en préparation. Avec toujours comme fil d’Ariane ce questionnement sur son identité, celle d’une famille ouvrière, ouverte et lettrée :

« Au travail me permet de m’interroger sur mon identité sociale et culturelle. »

« Je suis né le 22 mars 1968, date officielle du début des événements de mai 1968. Ma mère était coiffeuse et ma grand-mère femme de ménage aux chantiers. Je suis d’une famille ouvrière, on lisait beaucoup. A 3 ans, sans même savoir lire, je suivais les aventures d’Astérix et Spirou, des BD qui étaient laissées par les grands cousins. »

Une culture ouvrière

Olivier Josso Hamel s’inscrit dans cette histoire ouvrière qui a marqué la France jusque dans les années 80. « Il y avait une certaine mixité sociale et, surtout, il y avait une fierté. » Et c’est à travers ses personnages marquants qu’il met en lumière cette culture populaire, comme Emile, électricien aux chantiers, son cousin âgé de 40 ans qui vivait encore avec sa mère durant l’enfance de l’auteur. « Il était un peu comme une figure paternelle, j’ai le souvenir de ses fringues et surtout de la place de la BD chez lui. Cet exercice autobiographique a été difficile. Je n’avais pas envie de blesser. »
En perspective de son histoire familiale, le dessinateur s’interroge aussi sur sa trajectoire professionnelle. Son premier tome de Au travail est une réaction sociale aux propos tenus par l’ancien président Nicolas Sarkozy. « Il me renvoyait l’image qu’être auteur de BD n’était pas un travail. Ses propos étaient très culpabilisants sur le fait de gagner de l’argent. »

« Moi je fais de la BD, je gagne très peu d’argent. J’ai dû faire d’autres métiers à côté, car le statut d’auteur est énormément précarisé*. Enfin, on a pu se regrouper en syndicat. »

A la recherche d’un style

Entremêlée à son histoire personnelle, familiale et sociale, l’œuvre majeure d’Olivier Josso Hamel retrace aussi son long parcours dans la BD, celle de l’après-guerre, les grands classiques qui se transmettent de génération en génération et les émois qui l’ont façonné comme auteur. Ainsi, il raconte le souvenir de cette découverte, chez sa grand-mère, d’un album inconnu au titre mystérieux et qui va le bouleverser à jamais : La Mauvaise Tête, un Spirou de Franquin. « Il y avait beaucoup de livres et une bibliothèque aux toilettes : un jour, je suis tombé sur Les Frustrés, de Claire Bretécher, Ils sont moches, de Jean-Marc Reiser, et L’Ascension sociale de Monsieur Lambert, de Jean-Jacques Sempé. » Enfant, il n’y comprenait pas grand-chose, mais le graphisme en noir et blanc va le marquer. Il y reviendra des années plus tard.

« Lorsque j’étais ado, avec mes copains, nous étions obsédés par le fait de trouver notre style dans le dessin. Comme si nous devions l’appliquer de manière linéaire. »

Cette recherche va l’amener dans les pas de Gilbert Shelton, auteur phare de l’underground planétaire et père des Freak Brothers. En 2004, il s’associe d’ailleurs aux éditions Requins Marteaux pour l’honorer. « Mais j’étouffais dans ce style. J’avais envie de choses plus spontanées, de dessins plus bruts, j’avais envie de surprendre. » Et c’est au fond d’une malle, lors d’un déménagement , qu’il redécouvre ses dessins d’enfant sur les enveloppes orange dédiées à la radiologie médicale, ramenées par une tante qui travaillait dans un cabinet de radiologie. Cette surprise le ramène à l’enfance, quand il dessinait sur ces feuilles de couleur. Elles serviront de support à ce travail mémoriel. « En filigrane, Olivier Josso-Hamel s’interroge sur l’art, et en particulier sur l’art brut, parfois aussi qualifié d’art naïf ou primitif. S’il se pose directement la question de comment retrouver la spontanéité et l’inventivité de ses dessins d’enfant, il la laisse ensuite glisser au second plan. Mais elle ne disparaît jamais complètement. Tout son travail sur les formes et sur les matières y renvoie finalement », analyse Frédéric Hojlo dans sa critique de 2017 d’ActuaBD.
Olivier Josso Hamel continue ce travail mémoriel en travaillant sur le troisième opus de Au travail, qui réserve encore une fois des surprises. Mais une chose est sûre, sa sensibilité résonne chez le lecteur. Le replongeant dans ses propres mémoires.

* La vente moyenne d’une BD est de 3 000 exemplaires.

 

///// le lycée expérimental vu par Olivier Josso Hamel /////

 

Olivier Josso Hamel avait été invité à passer une journée au lycée expérimental de Saint-Nazaire.
Il en est ressorti trois planches racontant cette rencontre avec les lycéens et l’équipe éducative.
Ces dessins ont été publiés en 2019 dans le numéro 155 de la revue 303.

  

 

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