Retour à la liste de la catégorie Cinéma
lun. 16 avril 2018 Cinéma

[zoom] Frost

(Lituanie, France, Ukraine, Pologne 2018) drame de Sharunas Bartas avec Mantas Janciauskas, Lyja Maknaviciute, Andrzej Chyra. Durée : 2h.

Vilnius 2014. Une association demande au jeune Rokas de l’aider en transportant des vivres et des vêtements jusqu’à la ligne de front entre armée russe et résistants ukrainiens. Il accepte sans vraiment savoir pourquoi, parce qu’il n’a rien d’autre à faire. Sa petite amie Inga l’accompagne, sans trop savoir pourquoi non plus. Les voilà donc partis sur les routes, bénévoles volontaires à bord d’une camionnette humanitaire, aussi ignorants de leur destination que de leur motivation, poussés sans passion par l’envie vague d’autre chose.

Leur périple incertain leur fera traverser une Lituanie monocorde et une Pologne barbouillée de brouillard. Un arrêt à Kiev, comme une fenêtre entrouverte sur la lumière d’un jour nouveau, leur fera rencontrer des militants ukrainiens et des journalistes internationaux. La curiosité de Rokas s’éveille, tout comme la féminité d’Inga. Le confort triste de leur morosité semble peu à peu s’estomper à l’approche de la zone de conflit : aller voir plus près, sentir l’odeur de la mort et de la poudre, toucher la guerre, se confronter à l’urgence, comprendre leur vie, se brûler aux feux du sens de leur amour. De poste de contrôle en poste de contrôle, de rencontre en rencontre, le couple de silencieux grandit et apprend difficilement à parler, peut-être même à rêver.

La caméra du réalisateur Sharunas Bartas cadre serré les visages qui se transforment au fil de cette traversée de paysages aux lignes graphiques que l’on voudrait traduire : le poupin Rokas s’affûte, l’invisible Inga prend de la beauté. Des sourires les plus ténus au ciel inlassablement plombé et aux bords de route ensevelis sous la neige, elle tente de transpercer la grisaille, de saisir le relief d’un bas-côté ou d’une émotion. Et c’est bien ce voyage dans la mélancolie blanche qui est le plus captivant. Sharunas Bartas découpe ses personnages sur un fond visuel sans consistance pour mieux explorer les plus intimes de leurs sensations. Une manière délicate de circuiter l’action cinématographique pour se concentrer sur l’essentiel de deux êtres qui se cherchent. Jusqu’à la superbe allégorie poétique et politique de la scène finale.

Avis à chaud d’un spectateur
« Magnifique, très prenant, sur le fond comme dans la forme. » (Françoise, 49 ans)

Partager votre avis