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mar. 15 déc. 2020 Cinéma # Saint-Malo-de-Guersac # Saint-Nazaire

Entrée des artistes (partie 2)

Suite de notre article sur la réouverture des salles. Focus sur les cinémas.

« Je crois encore à la force d’attraction de la magie du cinéma »
Séverine Avignon, directrice de Cinéville Saint-Nazaire

« Quand les salles ont rouvert la première fois, comme tout le monde nous nous sommes adaptés malgré nos 50 % de jauge, la baisse de nos entrées et des publicités, les sorties de films qui se sont faites presque au jour le jour. Des entrées qui ont bien remonté durant les vacances de la Toussaint, et pas seulement en raison des enfants, nous en sommes heureux. Nos habitués sont revenus, certains ont même assisté à deux ou trois séances en une journée tant ils étaient en manque. Nous avions par contre perdu le public de jeunes, je ne crois pas qu’il s’agisse là d’une perte d’envie, mais plutôt d’une offre trop peu diversifiée, d’une pénurie de films à sensations fortes ou à l’esprit famille qui les attirent en général. Les distributeurs ont décalé Kaamelott, L’origine du monde, le dernier James bond, comme tous les blockbusters américains. Soul, de Disney, sortira le 25 décembre sur la plateforme Disney+ et ça, cela peut être un vrai danger. J’espère que les grands réalisateurs continueront à créer pour le grand écran. L’inquiétude pèse sur toute la chaîne du cinéma, la crainte de l’effet domino, malgré les aides de l’Etat.

Nous attendons avec impatience ce mardi 15 décembre… même si les sorties de films ont traditionnellement lieu le mercredi… Nous reprendrons les films qui ont été coupés dans leur élan par le deuxième confinement, comme Adieu les cons, 100 % Loup et 30 jours Max. Et il y aura la sortie du dernier Wonder Woman.

Par contre, nous ignorons comment réagiront les producteurs s’il n’y a plus de séance de 20h avec le couvre-feu. On avisera, mais c’est une dure épreuve. On respecte les protocoles sanitaires, on se sent punis : pourquoi ne pas avoir le droit de rentrer plus tard chez soi avec le système d’horodatage ? C’est la séance la plus importante pour nous qui va sauter. Et tout le monde ne peut pas se libérer à 19h, même si nous comptons sur la souplesse des vacances de Noël. Mais après, en janvier ?

Je veux tout de même rester positive. Je suis optimiste sur le long terme, je crois en l’envie des gens de partager une émotion dans une grande salle avec un bon son. Je crois encore à la force d’attraction de la magie du cinéma. »

« Le rendez-vous collectif ne doit pas disparaître »,
Simon Lehingue, 
programmateur du cinéma Jacques-Tati, Saint-Nazaire

« Toute l’équipe du cinéma est à l’arrêt depuis le 29 octobre. Lors de ce deuxième confinement, nous avons dû annuler un cycle sur la guerre d’Algérie, des sorties de films et les séances scolaires de fin d’année, les plus importantes. Et c’est fichu pour les reports de séances. On a relancé les écoles pour la séance de Noël, elles se sont inscrites, mais là… Nous avons prévu de rouvrir le cinéma par un cycle comédie musicale, à venir voir en famille ou entre amis, pour retrouver le goût d’être ensemble, le rendez-vous collectif ne doit pas disparaître. Nous devons aussi reprendre Garçon chiffon, car certains films ont eu à peine deux jours d’exploitation alors qu’il faut au moins un an et demi pour les réaliser. Wendy, programmé pour le 23 décembre, a nécessité huit ans de travail ! De nombreuses sorties avaient été repoussées en janvier, mais s’il y avait un autre report, que va-t-il se passer ? La création cinématographique est en danger. Et il ne faut pas oublier que la culture a un poids dans l’économie, qu’elle représente un pourcentage important d’emplois, dont ceux des métiers qui en dépendent, les imprimeurs, les graphistes, les gens qui travaillent lors des festivals, tous les CDD d’usages qui sont aujourd’hui au chômage. »

« Les salles de cinéma doivent s’adapter à de nouvelles habitudes »
Xavier Herveau, programmateur de Ciné Malouine

« Nous allons reprendre avec des horaires aménagés et s’axer sur les films qui ne sont pas encore passés. Comme nous allons mettre le paquet à destination des enfants durant ces vacances de fin d’année. Nous avons tenu jusqu’ici avec des films français, mais il est vrai que les blockbusters américains tirent la fréquentation. Heureusement, le prochain Wonder Woman va sortir, cela va ramener un public jeune qui a déserté les salles. Le Disney, lui, par contre, sera diffusé sur une plateforme. Aujourd’hui, les gens consomment différemment les films, le streaming a changé les choses et la pandémie n’a fait qu’accélérer une tendance. Les salles de cinéma doivent s’adapter. C’est comme pour les petits commerçants des centres-villes avec le e-commerce ou lorsque le centre-ville est soumis à des travaux, les gens prennent de nouvelles habitudes. C’est pourquoi il faut prévoir des animations à côté pour séduire le public. Le cinéma doit devenir un lieu d’échanges et de rencontres, avec les acteurs, les réalisateurs, ou même les communautés de fans.

Nous faisons tout auprès du gouvernement pour repousser l’heure du couvre-feu à 22h et non pas 21h comme annoncé, mais, pour l’instant, il ne nous entend pas et ne cède rien. Je reste également prudent, nous ne sommes pas à l’abri d’un troisième confinement si l’épidémie repartait. »

> Lire la première partie, consacrée aux salles de spectacle

 

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