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jeu. 29 mars 2018 Rendez-vous # Saint-Nazaire

Liberté, écolier, personnalité

A l’occasion de l’exposition “Les enfants d’abord !”, le LiFE organise un ciné-débat autour d’un documentaire sur les libertés de l’enfant au cœur de l’école. Rencontre avec la réalisatrice.

Dans L’Arbre et le requin blanc, la réalisatrice Rafaèle Layani nous emmène dans une école où le principe central est l’autonomie et la liberté. Une école où il y a la place pour une discussion entre les enfants pour savoir s’ils démontent la cabane au pied de l’arbre car elle gêne ceux qui veulent grimper dessus. Sans voix off ni musique, le regard de la documentariste est épuré. Ici, les enfants sont natures.

Estuaire. Comment avez-vous rencontré cette école berlininoise ?

Rafaèle Layani. Après un premier film sur les mères célibataires au Maroc*, je voulais m’intéresser à l’éducation. On peut ne pas envoyer son enfant à l’école en France, seule l’instruction étant obligatoire. En Allemagne, on est obligé de le scolariser, même si c’est dans des lieux très différents de l’école traditionnelle. Il y a ainsi de nombreux projets d’écoles associatives dans le pays. Après en avoir visité plusieurs, je me suis intéressée à la Freie Schule Tempelhoff. Elle se situe dans d’anciens locaux de l’UFA Fabrik, un lieu incontournable des mouvements contestataires berlinois. Elle ressemble plutôt à un squat. La cour est un square ouvert sur un quartier embourgeoisé. La première fois que j’ai vu ces enfants jouer, j’ai été marquée par la puissance de leur personnalité.

Estuaire. Comment s’est déroulé le tournage ?

RL. J’ai passé un an dans cette école. Ils m’ont autorisée à filmer sans problème, à condition que ma place soit claire. Je devais tout de suite passer à l’action. J’ai donc sorti ma caméra dès le premier jour et, très vite, j’ai été acceptée par les enfants. Les adultes placent une grande confiance en eux, et réciproquement. Les enfants sont respectés pour ce qu’ils sont et n’ont pas de rôle à tenir, d’où leur étonnante indifférence au fait d’être filmés par une adulte.

Estuaire. D’où vient cette grande confiance ?

RL. D’une éducation complète et englobante. Avant l’arrivée des enfants dans l’école, l’équipe explique aux parents les principes forts d’autonomie. Ils doivent adhérer au fait que leur enfant ne pourrait lire qu’à 9 ans, s’il le souhaite… La famille, les amis et voisins, tout le monde doit jouer le jeu et respecter les choix de l’enfant.

Estuaire. Comment le film est-il perçu par le public en France ?

RL. Depuis 2014, il a souvent été diffusé dans des rassemblements militants et suivi d’une discussion. Plusieurs fois, il a suscité des débats passionnés. Certains parents ou professeurs se sentent visés ou attaqués par mon film, mais je veux simplement montrer un point de vue artistique sur l’enfance et la liberté. Pour beaucoup, l’école renvoie à des normes et des règles, que j’ai choisi de ne pas traiter ici. Il y a des éléments sans réponse, ça peut être frustrant…

Estuaire. Vous réalisez actuellement un film au lycée expérimental. C’est une continuité ?

RL. En quelque sorte, oui. En venant pour projeter L’Arbre et le requin blanc à Saint-Nazaire l’année dernière, j’ai rencontré les élèves du lycée expérimental. Ils m’ont touchée par leur maturité et je suis restée ici pour faire mon prochain documentaire sur eux. Je voudrais réaliser un portrait en creux du lycée et son fonctionnement, uniquement à travers les élèves, montrer leurs personnalités et leurs rapports au groupe en dehors de l’institution. Ils me soutiennent et vont d’ailleurs animer la soirée de jeudi prochain.

* Les chemins de Mahjouba

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