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jeu. 19 avril 2018 Spectacles # Saint-Nazaire

Personne ne reste de rock

Après 25 ans à arpenter les scènes rock et metal, No One Is Innocent sort son 7e album, “Frankenstein”, une façon de dire que personne n’est innocent des monstres qui nous gouvernent.
Rencontre avec le chanteur Kemar, coupable d’avoir lancé le groupe en 1993.

Estuaire. Dans le roman de Mary Shelley, Victor Frankenstein crée un monstre qui lui échappe. Quel genre de monstre avez-vous créé ?
Kemar. On n’a rien créé du tout. C’est la société qui engendre ses propres monstres. Ce sont les populistes qui encensent des monstres politiques, les Américains qui élisent Trump, le monde de la finance qui crée des traders, sorte de monstres humains. Ce sont comme des piqûres de rappel.

Sur cet album, comme pour les autres, la musique colle à l’esprit des textes.
Frankenstein est un album plus organique, animal, plus direct. Les textes viennent marteler ce que raconte la musique, et inversement. Musicalement, on assume nos influences comme Black Sabbath* ou Rage Against the Machine. Sur cet album, on a enregistré “Paranoid”, un morceau de Black Sabbath que l’on avait dans les tiroirs. C’est une façon d’assumer notre ADN musical. Et on est content de la réaction du public, qui nous fait penser que l’on a plutôt réussi cette reprise.

Comment travaillez-vous vos nouveaux morceaux ?
On se connaît depuis tellement longtemps, c’est comme un couple à cinq. C’est facile, il n’y a pas d’egotrip entre nous. La musique oriente l’écriture des textes. Par exemple, pour le single Ali, King of the ring sur le boxeur Mohamed Ali, on a commencé avec une musique remplie d’uppercuts. ça envoie des coups, on a l’impression d’être sur un ring. Et puis la disparition de Mohamed Ali nous avait touchés, alors on a eu envie de parler de lui, de la façon dont ce mec a utilisé sa notoriété pour dénoncer des abus. On se retrouve dans cette idée-là, à notre niveau on fait de la musique pour défendre un point de vue.

La scène du Vip est sous la base sous-marine. Vous avez déjà joué sous un blockhaus ?
Non, ce sera la première fois. Il y a une dizaine d’années, on avait joué dans un bunker en Slovaquie pour un festival avec d’autres groupes français. C’était immense, on devait marcher près d’un kilomètre avec le chariot de matos, ça faisait bizarre…

Vous avez vingt-cinq ans d’expérience de la scène rock française, quelles sont les différences pour des jeunes de 20 ans qui se lancent aujourd’hui ?
C’est surtout l’exposition médiatique qui a changé. Quand on a commencé, on passait sur Fun Radio et Skyrock, des médias de masse qui pouvaient soutenir la sortie d’un album. Mais c’est difficile pour un jeune groupe de rock aujourd’hui. Les radios sont frileuses pour passer un morceau avec des guitares saturées. Les télés réduisent à peau de chagrin la place de la musique live. Mais comme on le dit dans le morceau “Aux portes de l’enfer”, on se fout de la reconnaissance des médias nationaux. Au contraire, on préfère parler avec des petits magazines comme vous, associatifs, les radios indépendantes, libres, des gens qui s’intéressent à ce qu’on raconte.

* Black Sabbath est un groupe britannique, précurseur du heavy metal au début des années 70.

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