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jeu. 16 déc. 2021 Spectacles # Saint-Nazaire

‼️ANNULÉ‼️ Romances inciertos, un autre Orlando

De la danse, du chant, un voyage dans le répertoire traditionnel espagnol et dans l’ambiguïté des genres : "Romances inciertos, un autre orlando" fait bouger les lignes avec élégance.

Inclassables, le metteur en scène et compositeur Nino Laisné et le chorégraphe danseur et chanteur François Chaignaud étaient faits pour se rencontrer. Le premier aime jouer avec les formes et les langages, le second avec les figures de la transidentité. Ils ont ici trouvé ensemble comme un accomplissement de leurs expressions mutantes en s’inspirant, avec la liberté qui les caractérisent, du Orlando du roman de Virginia Woolf. Tel ce personnage fantastique qui change de sexe et qui, ne vieillissant pas, traverse les époques, François Chaignaud joue de son androgynéité et de la perméabilité entre les arts pour entraîner le public dans trois Romances, poèmes tirés des chansons de geste populaires espagnoles transmises par la tradition orale à partir du XIVᵉ siècle et dont on ignore les auteurs.

Successivement Doncella Guerrera, jeune fille qui préfère partir à la guerre déguisée en soldat plutôt que d’épouser un promis non choisi, l’archange San Miguel qui tient la balance entre le bien et le mal repris par Federico Garcia Lorca dans son Romancero Gitano, et la Tarara, cette gitane sulfureuse également célébrée par le grand chanteur de flamenco Camarón de la Isla, il traverse les siècles sous de magnifiques identités plurielles.

Accompagné par cinq musiciens vêtus et chapeautés de noir (Jean-Baptiste Henry au bandonéon, François Joubert-Caillet aux violes de gambe, Pablo Zapico à la guitare baroque, et Pere Olivé et David Mayoral aux percussions traditionnelles), dans un décor de tapisseries extravagantes, une luxuriance de costumes et de maquillages, de transformation en transformation, l’artiste émeut de sa voix de haute-contre ou de basse, fascine par la flamboyance de sa danse. De Grenade à Cadix, que ce soit aux rythmes trépidants d’une jota ou d’un compás de flamenco, il redonne vie à une Andalousie arabo-andalouse rebelle en l’enluminant des couleurs de la Movida madrilène.

Un spectacle baroque magnifiquement audacieux qui serpente à travers le temps, les genres, les cultures, les émotions. Et les certitudes.

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