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lun. 03 juin 2019 Associations # Saint-Nazaire

Le maraîchage à l’assaut du béton

De l’eau au béton… à la terre. Drôle d’itinéraire. C’est pourtant celui des 4 hectares de la base sous-marine de Saint-Nazaire dont le toit commencera à se transformer dès cet été en prototype de ferme urbaine. Le point avec Cédric Derouin*, éco-jardinier à la genèse de cette révolution végétale.

Estuaire. On connaît votre engagement pour le développement durable, mais d’où vous est venue cette idée… un peu folle, non ?
Cédric Derouin. D’une réflexion menée avec Gérald Chabaud, directeur des Escales, et le collectif Edible Street créé à l’occasion de l’édition 2017 du festival, dont le thème était Détroit, la ville phare de l’agriculture urbaine. Cela préfigurait le projet B.À.S.E.** de l’association éponyme qui regroupe depuis août dernier divers acteurs locaux de la transition écologique. Nous avons répondu à l’appel à projets de réaménagement du toit de la base lancé par la Ville de Saint-Nazaire, que nous avons remporté. Mais nous restons en contact avec certains des autres candidats avec qui nous pourrions collaborer.

Ce n’est donc pas un projet clé en main, totalement cadré…
C.D. En effet, cela se veut un laboratoire, un lieu d’expérimentation et d’innovation. Le toit de la base sous-marine réunit des conditions extrêmes entre béton, soleil direct, vent, oiseaux. Nous commencerons à petite échelle cet été avant une réalisation complète en 2021. Il y a d’abord la question de la récupération de l’eau sans infiltration et de l’étanchéité du toit. Il y a aussi celle du stockage de l’eau : nous avons pensé à la pisciculture et à l’aquaponie***, et même à l’éventualité de dessaler de l’eau pompée dans l’estuaire. Et puis il y a le choix de l’installation de l’irrigation : photovoltaïque, éolien ? Parce que l’objectif est de ne pas dépendre des réseaux publics d’électricité et d’eau. Tout cela va bien sûr avec des techniques de culture utilisant le moins d’eau possible. Pour réussir, il nous faudra réunir les ressources et les savoir-faire locaux comme l’IUT, les Chantiers…

Il y aura quoi dans cette ferme ?
C.D. Des légumes, des fruits, des plantes aromatiques, du houblon… Tout ce qui peut se cultiver sainement en agro-écologie et permaculture au plus près des consommateurs. Une buvette restaurant bio tenue par un indépendant servira ces produits à sa table et une partie sera peut-être vendue en paniers ou en petite boutique. Tout est encore ouvert, comme l’installation de ruches et même d’un élevage d’escargots. L’important est de prouver que si c’est possible à cet endroit, cela l’est partout dans la ville.

Implantation Projet B.À.S.E.

Cette expérimentation est-elle également pour vous un magnifique outil pédagogique ?
C.D. Tout à fait, c’est pourquoi nous allons y adjoindre une petite construction où l’association et ses partenaires pourront mener des conférences et des ateliers pour le grand public. C’est dans ce même objectif que sont prévus des zones paysagères intégrant le Jardin du Tiers-Paysage de Gilles Clément, des parcours de balades avec des exemples de ce que l’on peut faire chez soi, des zones sportives, un théâtre de verdure. Que ce toit de béton et d’Histoire devienne lieu d’agrément et vecteur fort de biodiversité, un catalogue des possibles à ciel ouvert, une interpellation positive sur la transition écologique. 

* Cédric Derouin (voir Portrait) est impliqué dans le Rozo, Incroyables Comestibles et Jardi Compost, entre autres.
** Béton À Semer Ensemble.
*** Pisciculture dont l’engrais naturel rejeté par l’eau est filtré par les plantes et où l’eau est renvoyée aux poissons.

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