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mar. 17 déc. 2019 Associations # Saint-Nazaire

Tous les ans, je voudrais que ça r’commence…

Quinze Nazairiens se constituent en collectif pour mettre en lumière le rôle des colonies de vacances dans l’après-guerre.

>> Saint-Jean-de-Maurienne (1955)

Ils ont commencé à échanger lors des retrouvailles des écoliers de Sautron organisées en 1999. De rencontre en rencontre, ceux qui se sont depuis surnommés “les gamins et les gamines de la guerre” n’ont eu de cesse de fouiller ensemble leurs souvenirs d’enfance. Et si la nostalgie n’est pas absente de cette plongée dans le passé, ils se sont aussi reconnus comme porteurs d’une part de l’histoire sociale de l’après-guerre, acteurs vivants de ces colonies de vacances qui s’inscrivaient directement dans la continuité de la dynamique du Front populaire et dans le programme annexe à la Sécurité sociale porté par le Conseil national de la Résistance. Une prise de conscience qui les a amenés à créer un collectif de collecteurs et de passeurs de mémoire. « Nous nous sommes alors tournés vers Guy Abin, le président-fondateur de l’association Angenea*, lui-même ancien colon, vers Michel Mahé, président d’Aremors**, les scouts, Léo-Lagrange, les archives municipales », explique Jakez Lhéritier.

« C’était en effet quelque chose d’exceptionnel pour notre génération. On avait de 8 ans à 14 ans, l’âge du certificat d’études, et on partait pour quatre semaines. On prenait le train de l’ancienne gare, un train complet affrété pour nous. Les quais étaient bondés. On dormait dans les filets des compartiments, notre trousseau dans notre sac à dos », se souvient Jean-Claude Bourigaud.

>> A gauche, Jakez Lhéritier, puis Gilbert Talhouarne et Jean-Claude Bourigaud en 1950 à Faverges.

Les images et les émotions s’entremêlent vite : « C’est là que j’ai découvert la brosse à dents et le dentifrice », « Mon premier Reblochon », « On lavait nous-mêmes notre linge. » Les trains partaient tous vers la Savoie, la Haute-Savoie, les Vosges, le Massif central, lieux d’air pur propices à l’exercice, terrains de jeux et de liberté loin des parents, les premiers pleurs de la séparation vite oubliés. « On logeait dans des écoles dont les élèves prenaient le train en sens inverse pour venir au bord de la mer, dans nos écoles. Tous les enfants pouvaient partir se refaire une santé grâce à la prise en charge de la Sbel (NDLR : Société de bienfaisance des écoles laïques) et des comités d’entreprises nouvellement créés des grosses boîtes comme les chantiers de Penhoët. Les enfants d’artisans ou de pêcheurs étaient raccrochés dans le montage », relève Guy Abin.

« On découvrait d’autres paysages, d’autres architectures, la joie d’être ensemble », confie Gilbert Talhouarne.

>> Saint-Jean-de-Maurienne (1955)

On comprendra aisément que le travail de tri de tous ces souvenirs encore dans le désordre sera monumental… D’autant que le collectif lance un appel aux habitants prêts à confier photographies, documents, films tournés par les animateurs ou directeurs et surtout témoignages (directs ou indirects). Pour un premier objectif : une grande exposition en partenariat avec la FAL 44 les 6 et 7 juin prochain au centre aéré de Bonne-Anse, avec un débat sur l’avenir des centres de vacances. Avant la publication d’un ouvrage ? 

* Association nazairienne de généalogie.
** Association de recherche et d’études du mouvement ouvrier de la région de Saint-Nazaire.

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