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mar. 27 oct. 2020 Associations

Les passeurs de livres

L’association nationale des Donneurs de voix se veut l’intermédiaire entre les livres et ceux qui ne peuvent pas ou plus lire. Focus sur la Bibliothèque sonore de la Presqu’île.

Ils sont passionnés de lecture et ne supportent pas l’idée que d’autres amoureux soient privés d’écrits d’auteurs ou de revues parce qu’ils sont mal ou non voyants, qu’ils ont vieilli, qu’ils sont dyslexiques ou que leur handicap moteur les empêche de tenir un livre entre leurs mains. Ils deviennent alors “donneurs de voix” en choisissant de passer des heures à enregistrer chez eux les ouvrages qui leur tiennent à cœur. Des audio-livres qui viendront alimenter le catalogue de la plateforme de l’association nationale éponyme ou enrichir une bibliothèque sonore de proximité. Celles-ci sont à ce jour 120, réparties sur tout l’Hexagone, dont trois en Loire-Atlantique, à Nantes, Châteaubriant et La Baule.

« Nous touchons l’ensemble de la Presqu’île, Saint-Nazaire y compris, majoritairement des personnes âgées atteintes de dégénérescence maculaire. Actuellement, 20 bénévoles réguliers donnent leurs voix pour 70 audio-lecteurs », commente Henri-René Dardant, président de la Bibliothèque sonore de La Baule.

Techniquement, les enregistrements ne nécessitent pas de matériel spécifique, hors un ordinateur et un micro, l’association se chargeant de leur installer le logiciel d’édition audio libre Audacity et de les y initier. L’exercice de lecture est pour sa part plus complexe… car il ne suffit pas de savoir lire et des consignes doivent être respectées : respirer, poser des temps, moduler sa voix, ne pas se prendre pour un comédien, laisser toute leur place aux mots et aux images. « Nous leur faisons passer un essai et nous les conseillons. Nous leur demandons d’enregistrer un livre court que nous devrons valider », continue Henri-René Dardant.

« Les lecteurs sont ensuite absolument libres de leurs choix, aucune littérature n’est interdite. Ils peuvent aussi répondre à une demande précise d’un audiolecteur, explique Christine Bourriaud, responsable des donneurs de temps, comme sont appelés les bénévoles qui ne participent pas aux lectures. A la bibliothèque, nous vérifions la qualité de chaque enregistrement, nous tenons une permanence d’accueil du public – beaucoup de familles qui viennent pour leurs vieux parents, grands lecteurs démunis face à la perte de la vue –, nous expédions les commandes et réceptionnons les rendus. »

En effet, nombre d’usagers ne pouvant se déplacer, les CD ou clés USB peuvent être envoyés gratuitement par La Poste grâce à la mise en place d’un partenariat.

Quant aux audio-lecteurs, ils n’ont rien à payer*, seul un certificat médical qui atteste de leur handicap étant exigé. Avec une complication (et non des moindres) cependant : l’écoute des supports audio nécessite l’achat d’un lecteur Victor dont les prix vont de 350 à 400 euros. Il reste que cette offre, complémentaire de celles des médiathèques municipales et des bibliothèques d’associations comme Valentin Haüy, est un chaînon essentiel de l’accès à la lecture pour tous.  « Perdre ses yeux, sa mobilité, est une chose très dure, mais perdre ce qui nous a accompagné toute notre vie est une terrible double punition, une perte de lien avec le monde. Je me souviens d’une dame tellement ravie de retrouver les livres qu’elle disait que, finalement, elle avait de la chance, parce que rares sont les gens qui pouvaient lire comme elle, en étendant leur linge ! », conclut Henri-René Dardant dans un sourire.

* Aucune cotisation n’est demandée. Seuls les bénévoles doivent s’acquitter de 5 € pour l’adhésion à l’association.

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