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mar. 26 oct. 2021 Associations # Saint-Nazaire

Revivre : briser le tabou sur la santé mentale

L’association combat les préjugés sur la santé mentale afin de mieux prévenir des maladies qui touchent une personne sur cinq en France.

Taboue, souvent ignorée, la santé mentale depuis la survenue de la crise sanitaire et de ses conséquences n’a jamais été autant au cœur des préoccupations. Longtemps perçues comme honteuses, les souffrances mentale ou psychique restaient généralement incomprises. « Cette dépréciation est culturelle et historique. A une époque pas si éloignée, on préférait cacher les malades dans des hôpitaux psychiatriques et si possible éloignés des villes. C’est après la seconde guerre mondiale qu’avec le progrès on a commencé à comprendre ce qui se passait pour certaines maladies mentales, que ceux qui en souffraient commencèrent à être enfin considérés comme des malades à part entière. Mais dans l’esprit collectif, il reste encore un fossé. On pose encore un regard honteux sur ceux qui sont en dépression », décrit Françoise Lacroix, présidente de l’Association Revivre. Elle-même a connu un épisode dépressif important. « J’avais moins de 50 ans, j’avais monté les échelons dans une entreprise. J’étais très investie. Et lorsque l’entreprise a fermé, je me suis effondrée. J’ai compris plus tard que je courais après les félicitations, j’avais un besoin permanent de reconnaissance », confie-t-elle.

Une prévention insuffisante

Evoquer la santé mentale reste donc un tabou culturel. Face à ce mur de préjugés, l’association Revivre cherche donc à mieux la faire connaître dans un objectif de prévention. « On a cherché partout mais il n’existe pas de fiches grand public. Lorsqu’on évoque psychose, névrose, cela donne un effet repoussoir. Ce qui rend les gens mal à l’aise, du coup ils ne se sentent pas concernés. Notre premier travail a donc été de trouver une définition de la santé mentale compréhensible par tous ».

Ce que recommande l’Observatoire de la santé mentale dans son dernier rapport de juin 2021 qui préconise ainsi de « développer des actions à destination du grand public pour déstigmatiser les troubles mentaux, pour aider les populations à identifier des signes de mal-être, et pour expliquer les rôles des différents intervenants de la santé mentale ».

La dépression, l’anxiété, le stress et le malaise intérieur face à la vie actuelle, ne sont que quelques-unes des manifestations les plus courantes de problèmes de santé mentale. Elles sont définies comme des « maladies opportunes ». Si elles ne sont pas prises en charge à temps, elles peuvent dégénérer en des maladies chroniques. Les causes pouvant être multiples : une sensibilité génétique, les conditions de vie difficiles, des accidents de vie. « Ce sont des maladies dont le traitement demande du temps et le médicament n’est pas le remède à tout », tient-elle à souligner.

Les effets de la crise sanitaire

Avec la crise sanitaire, la situation ne s’est pas améliorée. « Nous avons dû faire face à une crise suicidaire entre mars 2020 et mars 2021. On ne peut pas dire on vous rappelle plus tard. Il faut une prise en charge immédiate avec un protocole précis. Et cela ne se fait pas en 10 minutes. Cela peut demander plus de 3 heures au téléphone. Nous avons été également débordés d’appels de gens en souffrance. SOS Amitiés était saturé, il redirigeait sur nous. On a eu de nombreux appels provenant de la France entière, de Lille, du Doubs et même du Sud Est de la France. Ces personnes avaient besoin de parler, de rompre leur isolement. Or il n’y a pas forcément des associations comme la nôtre partout en France ou qui était disponible », témoigne Françoise Lacroix. Signe tangible que la prise en charge en France reste défaillante et repose sur des associations qui ont besoin d’un large soutien de l’Etat.

Avec une personne sur cinq souffrant d’une maladie mentale une fois dans sa vie, selon une étude canadienne de 2018, « il est primordial que la santé mentale soit enseignée au même titre que la santé physique », milite la présidente de l’association Revivre.

Auprès des enfants

C’est pourquoi l’association multiplie les initiatives envers les enfants. Elle travaille étroitement avec la Ville de Saint-Nazaire sur le quartier Ouest en priorité dans le cadre de la cité éducative, afin d’aider les « enfants à parler de leur mal être ou de leur difficulté mais aussi à sensibiliser à la santé mentale ». Le projet consiste à les faire travailler avec une bibliothérapeute à des écrits et des illustrations sur le thème de la personne qui va mal. « Ces histoires, ils devront les présenter devant un public dans l’une des médiathèques de la Carene. L’objectif est de faire changer le regard sur la santé mentale. » L’association travaille avec des enfants en primaire et au collège. La limite de l’exercice est qu’auprès des « plus jeunes ou plus vieux, cela nous est difficile », reconnait Françoise Lacroix.

A Saint-Nazaire, la Ville et les acteurs médicaux locaux s’activent d’ailleurs fortement autour de la santé mentale : un service d’hospitalisation pour adolescents (Shado) de 11 lits pour accueillir des jeunes en détresse psychique a été ouvert cette année. Une avancée importante se félicite l’association. Pour autant, « malgré la mise en place des projets territoriaux de santé mentale créés par la Loi de modernisation de notre système de santé de 2016 et la feuille de route de la santé  mentale et de la psychiatrie en juin 2018 dans le cadre de la stratégie nationale de santé,  la santé mentale demeure le parent pauvre des politiques de santé publique », pointe du doigt l’Observatoire de la santé mentale. Une affirmation que soutient l’association Revivre qui prépare déjà de nouveaux projets comme la diffusion de podcasts avec des témoignages positifs de personnes guéries. Le combat continue.

///// en chiffres /////

La Mutualité française a publié cette année son rapport sur la santé mentale en France en juin 2021.

1 personne sur 5 est touchée chaque année par un trouble psychique, soit 13 millions de personnes.

Le taux de suicide est de 13,2 pour 100 000 habitants, soit le taux le plus élevé des pays d’Europe.

75% des moins de 35 ans disent avoir ressenti un trouble ou une souffrance psychique.

En moyenne, entre 8 à 10 ans s’écoulent entre les premiers symptômes et le dépistage des troubles.

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