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mar. 24 nov. 2020 Livres # Saint-Nazaire

Balance tes mots

La communication entre les adolescents et leurs parents n'est pas toujours simple... La Maison de quartier de la Chesnaie-Trébale a recueilli pendant plus d'un an la parole des uns et des autres.
Il en sortira début janvier un livret illustré par le dessinateur Fortu.

Tout a commencé en 2018. L’animatrice Jeunesse et l’animatrice Famille de la Maison de quartier de la Chesnaie-Trébale ne pouvaient que constater que les adolescents et leurs parents se plaignaient et souffraient des mêmes choses, chaque partie restant bloquée dans son rôle inconfortable : d’un côté des parents envahis d’un sentiment d’impuissance, de l’autre des jeunes traversés de réelles souffrances psychologiques. De là le projet de mettre en regard ces deux positions, d’abord en imaginant une petite exposition, puis, de façon plus ambitieuse, en décidant de faire un livret de ces colères, peines, paniques et impasses  que chacun pouvait enfin “balancer”.

« L’objectif était simple. Il s’agissait de dédramatiser les relations parents/ados, d’en parler avec humour, explique Laëtitia Moranti, co-animatrice du projet avec Armelle Le Scouezec. Le plus difficile était de trouver assez de souplesse pour créer des espaces  et des temps propices à la parole. »

Des ateliers informels et ludiques

Des parents ont d’abord été conviés à échanger lors de petits déjeuners ou rendez-vous informels avant de constituer un petit groupe, devenu ressource, qui a réfléchi sous l’impulsion de la psychologue Stéphanie Guillot, de l’Ecole des parents. Quant aux adolescents volontaires, plus facilement “volatiles”, il a été imaginé pour eux des ateliers ludiques tels que des séances de cuisine où les temps de cuisson permettaient d’approfondir les échanges menés par la bibliothérapeute Nathalie Palayret… C’est ainsi constitué un groupe de dix jeunes de 12 à 15 ans « qui ont su se fédérer sur un projet ».

En plein échange.

« Il a ensuite fallu croiser les thématiques de chaque groupe sans y mettre notre propre interprétation, continue Laëtitia Moranti. Il fallait absolument conserver la parole brute, le vécu. » Il en est ressorti différents thèmes comme l’argent, les copains/copines, les angoisses, les sorties, les écrans, le corps et l’image, l’école, les relations amoureuses… Les professionnels, parallèlement en recherche d’un illustrateur, ont été conseillés par la médiathèque Etienne-Caux qui les a orientés vers la BD et le dessinateur saumurois Franck Fortuna, alias Fortu. « C’est lui qui a choisi parmi la matière que nous lui avons envoyée et qui a été force de proposition. Toute l’année 2020 a été consacrée à des allers-retours avant validation. » L’Ecole des parents s’est quant à elle chargée d’accompagner chaque planche d’un texte bref dans l’objectif d’apporter des clés de compréhension.

Une sortie en janvier

Le grand public pourra découvrir ce travail de trois ans dès janvier, « mais, d’ores et déjà, le bilan est positif. Le projet a été investi et mené à terme, et les familles se sont comme libérées d’un poids, elles se reconnaissent dans un objet qui leur appartient, mais qui est aussi devenu autre… ». Le livret BD sera disponible – gratuitement – à la Médiathèque Etienne-Caux et à la Bibliothèque Anne-Frank, à la Maison des Adolescents, à la Maison de quartier et dans d’autres lieux incontournables de la ville. Deux planches seront également exposées à la médiathèque.

3 questions à Nathalie Palayret,

ancienne bibliothécaire de Saint-Nazaire devenue bibliothérapeute

Estuaire. Comment définiriez-vous simplement la bibliothérapie ?

Nathalie Palayret. Cela consiste à s’appuyer sur le livre pour accompagner, c’est prendre soin de soi et des autres à partir de toutes sortes de littératures, dont la poésie. Je choisis des textes selon la problématique de la personne. Nous commençons par une lecture avant de passer à la création et l’écriture. Quand je travaille avec un collectif, c’est moi qui détermine le thème et, toujours après lecture, il y a une écriture collective puis individuelle.

Pourriez-vous nous donner un exemple concret ? Par exemple le travail que vous avez mené avec des enfants, en partenariat avec l’association Revivre, au Local de Prézégat en octobre dernier ?

La thématique était “C’est quoi une famille ?”. J’avais apporté des albums jeunesse qui traitaient du sujet, nous avons lu, puis je leur ai proposé d’inventer ensemble une histoire, de construire un conte sur ce thème. Les enfants ont élaboré une narration qui donnait des points de départ à une réflexion sur la notion de famille. C’est ça la force de la fiction, trouver la bonne distance. C’est comme ça qu’est né le conte Mia, le médaillon et les deux sorcières. Et comme un ouvrage est fait pour être offert aux autres, partagé, ce sera aux futurs lecteurs de s’approprier cette histoire et de la porter à leurs comptes.

Comment avez-vous travaillé avec les adolescents volontaires de la Chesnaie ?

Là, c’était différent, c’était des temps de collecte de paroles. Il s’agissait de créer un dialogue à travers de petits dispositifs, puis d’écouter ce qui se disait, d’écouter les mots tels qu’ils étaient prononcés à ce moment précis et de rebondir dessus, d’être attentif à ces mots et non uniquement aux messages. Il fallait donner l’espace à autre chose qu’une parole attendue, celle qui fait plaisir à l’adulte. Des propos très durs ont d’ailleurs été tenus, pas forcément faciles à entendre. Je reste cependant persuadée qu’il faut écouter sans les étouffer les paroles interdites mais qui circulent quand même, pour pouvoir y répondre.
Propos recueillis par Mireille Peña

 

///// Programme /////

Vendredi 15 janvier 2021, 18h : vernissage de l’exposition “Balance tes mots” en présence de Fortu, des participants au projet et des professionnels à la Maison de quartier de la Chesnaie-Trébale (1, rue des Ajoncs, Saint-Nazaire).

Mercredi 20 janvier : atelier d’initiation à la BD à la Maison de quartier.

Samedi 6 février : séance de dédicace avec Fortu à la médiathèque Etienne-Caux.

 

///// Fortu /////

Un dessin de “Journal d’un confiné”.

Amoureux du noir et blanc, Fortu a collaboré à des revues comme Spirou ou Tchô. Il a publié les albums Qui est KO ?, C’est tout moi !, Toumou le rhinocéros, Glandu le singe et SaudadeIl publie en outre chaque jour un dessin sur son blog depuis le début du confinement, Journal d’un confiné (extrait ci-contre).

 

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