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mar. 10 nov. 2020 Livres # Saint-Nazaire

Paul Gauguin, l’aventure Atlantique, 1848-1887

Après “Louis Berlioz capitaine au long cours”*, qui retraçait les relations entre le compositeur Hector Berlioz et son fils Louis, marin sur les premiers transatlantiques qui vécut à Saint-Nazaire de 1862 à 1867,
l'historien nazairien Christian Morinière s'attache aujourd'hui à la première période de la vie du peintre Paul Gauguin.

« C’est à l’occasion d’une visite du musée de Pont-Aven que j’ai appris que Gauguin était parti de Saint-Nazaire pour Panama. Et comme j’aime à étudier les histoires de vies, l’Histoire et l’histoire de cette ville, je me suis posé la question : pourquoi Panama, pourquoi ce départ de Saint-Nazaire le 10 avril 1887 ? J’ai décidé de fouiller dans les archives, j’ai cherché des documents originaux, j’ai lu sa correspondance avec sa femme Miette. J’ai peu à peu mis à jour l’aventure Atlantique propre à sa famille, et le trait dominant qui a porté sa vie : la fuite. »

Une histoire de famille…

Christian Morinière est ainsi remonté jusqu’à la grand-mère de Paul Gauguin, la militante féministe socialiste Flora Tristan qui, fuyant le domicile conjugal avec ses deux enfants, embarqua pour le Pérou en 1833 à la recherche d’un arrière-grand-oncle vice-roi du pays avant de revenir en France dès l’année suivante, déçue mais tout autant téméraire.

Autre voyage qui construisit (ou déconstruisit) la personnalité du peintre, le départ de ses parents au Pérou en 1849. Son père, journaliste au National, doit fuir le nouveau régime politique instauré par Napoléon III. Un départ sans arrivée pour ce père qui mourut au large du Cap Horn. C’est donc à Lima que le jeune Paul va passer sa petite enfance, entre langue espagnole et couleurs d’ailleurs. Le retour en France sera âpre et la dure discipline du petit séminaire n’aidera pas à l’intégration de cet enfant de retour d’exil.

… et de fuite

La suite n’est qu’une liste d’abandons, d’errances et de recherches inabouties. Gauguin fuit les contraintes, les engagements, les ennuis, la misère. Tour à tour marin, courtier en Bourse, enfin peintre, marié, père de famille, célibataire, déchiré, à nouveau peintre c’est bien le 10 avril 1887 qu’il embarque sur le transatlantique Le Canada pour partir travailler sur le chantier du canal de Panama.

« Je profite de ce départ pour décrire le Saint-Nazaire de l’époque, une ville à l’échelle du monde, avec un bassin plein, une cité bouillonnante au centre des relations intercontinentales », commente Christian Morinière.

Autoportrait, 1885

Nous préférons laisser aux lecteurs le plaisir de rêver sur ces quais bondés et de plonger dans le parcours de ce contre-héros que Christian Morinière suit jusqu’à son premier retour en France, avant sa période polynésienne. Un homme comme accablé, qui exprime sa force contrariée dans une peinture considérée comme une révolution de l’art pictural. « Les voyages de Gauguin n’ont pourtant pas changé son regard colonial, il n’avait pas de réflexion politique, il prenait les idées de son temps, seule sa peinture était réfléchie », explique Christian Morinière.
Un regard à l’opposé de celui développé par sa grand-mère dans Pérégrination d’une paria, mais dans la même filiation : la quête d’un autre chemin que le droit.

* Sorti en février 2019.

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