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mar. 21 mai 2019 Cinéma # Salle Jacques-Tati

[zoom] Douleur et Gloire

(Espagne 2019) drame de Pedro Almodóvar avec Antonio Banderas, Asier Etxeandia, Leonardo Sbaraglia.
Durée : 1h52.

Note de la rédaction :

Le corps perclus de douleurs, le célèbre cinéaste Salvador Mallo vit recroquevillé dans son somptueux appartement madrilène. Incapable de supporter la prise de possession sournoise de la vieillesse, il s’est installé dans la dépression et fuit sa raison d’être, le cinéma et ceux qui le fabriquent. La cinémathèque souhaitant projeter un de ses films remastérisé, il finit par accepter de le présenter et décide, poussé par une nécessité trouble, de le faire avec son comédien principal qu’il n’a pas revu depuis des années après un tournage conflictuel. Mais renouer avec lui, c’est replonger dans le temps de son âge flamboyant.

Pour son 21e film, Pedro Almodóvar laisse apparemment tomber ses filtres cinématographiques pour une introspection plus directe portée par des hommes. Il s’échappe de la narration traditionnelle pour mieux saisir les fragments qui finissent par constituer une vie. Entouré de sa famille de cinéma – Antonio Banderas, Penélope Cruz, Julieta Serrano, Nora Navas… –, il brouille avec délicatesse les différentes couches du temps, et tresse éléments autobiographiques et pure fiction. De flashs obsessionnels et recolorés de son enfance pauvre aux excès libertaires de la Movida, des amours de jeunesse à la destruction par l’alcool et la drogue, il se dénude derrière une cloison à claire-voie, et entrouvre un peu plus les portes de son rapport à la nostalgie. Lumières des décors enfantins embellis d’azulejos, beauté de la mère transfigurée par les yeux d’un fils, bêtise d’une éducation religieuse franquiste, premiers émois amoureux homosexuels, culpabilité d’avoir déçu la mère en ayant simplement été soi-même… Douleur et gloire, comme la mémoire, recompose autant le sens que l’on donne au passé que le processus de création artistique.

Il est dit qu’il serait le film le plus intime du cinéaste, nous dirions quant à nous qu’il est une épure de tous ses films. Almodóvar y reprend pour lui-même la parole qu’il a mise si longtemps dans la bouche et le corps des femmes, et consacre cette nouvelle entente avec les spectateurs par un des plus beaux baisers du cinéma, celui de deux anciens amants à l’aube de la vieillesse.

Douleur et gloire aurait pu s’appeler “Douleur et réconciliation”, réconciliation avec sa propre histoire intimement liée à celle de son pays, avec ses choix et avec l’inévitable. « Mon cinéma sent la pisse et le jasmin », écrit Salvador Mallo, qui se souvient de ses échappées au miteux cinéma de village qui a nourri son imaginaire de petit provincial et qui a fait de lui ce qu’il est devenu, tout comme des héroïnes de son enfance, sa mère et les voisines. Les noces vitales du trivial et de la grâce infinie, cela, Almodóvar le revendique toujours, et c’est réconfortant, comme ce film qui prouve encore ses capacités inouies de renouvellement de son expression et de son attachement pour les comédiens qui le lui rendent bien, tel le magnifique Antonio Banderas qui se dévêt ici de sa belle énergie latine en offrant à son directeur d’acteur une sobriété de jeu exempte de tout mimétisme. Douleur et gloire est un nouvel étonnement, un cadeau apaisé et apaisant.

Avis à chaud d’un spectateur
« Je suis un peu désorientée, c’est si différent de ses autres films
dont je suis fan. Mais vraiment, c’est superbe, sincère, fin, émouvant.
» (Jocelyne, 67 ans)

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