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mar. 01 oct. 2019 Cinéma

[zoom] Au nom de la terre

(France 2019) drame d’Edouard Bergeon avec Guillaume Canet, Veerle Baetens, Anthony Bajon.
Durée : 1h43.

Note de la rédaction :

1969. Jacques Jarjeau (Rufus, fidèle à lui-même) prend sa retraite. Il vend donc la maison d’habitation de son exploitation agricole et son élevage de chèvres à son fils Pierre (Guillaume Canet, excellent si on évite de trop regarder son faux crâne chauve totalement ridicule), lui louant en fermage les terres agricoles. Pierre est jeune, plein d’énergie et d’idées, amoureux fou de sa femme et de sa terre : le monde est à lui. Malgré les prêts qui s’amoncellent, tout semble aller bien quand il agrandit son élevage jusqu’à atteindre les 2 000 chevreaux – les banques suivent. Tout semble encore aller bien quand il se lance dans l’élevage intensif de poulets pour une industrie agroalimentaire – les banques suivent. Les hangars se construisent, les enfants naissent, grandissent, le fils Thomas (magnifique Anthony Bajon) va au lycée agricole et rêve de reprendre un jour la relève de son père. Sûr de lui, Pierre rembarre souvent le vieux Jacques, quand celui-ci tente (très) maladroitement de lui donner des conseils, par des « je ne suis pas paysan comme toi, je suis entrepreneur ».

Jusqu’au grain de sable, jusqu’aux dettes insurmontables, jusqu’à l’accident, jusqu’à ce que les banques ne suivent plus, jusqu’au drame.

Edouard Bergeon réussit ici un premier long métrage bouleversant. Fidèle à son histoire, il y raconte avec sobriété la désagrégation du monde agricole, la souffrance de sa famille, la vie et la mort de son père, sa blessure. Dans un cri de douleur autant que de révolte devant la perte de sens et de dignité de femmes et d’hommes de la terre qui se voient dépossédés de toute autonomie. Plus de relation charnelle avec les animaux et la nature, mais des machines, de plus en plus de machines, et des gestes mécaniques. Plus de liberté sur leur propres propriétés, mais des comptes à rendre à des banques et des industriels. Rabaissés au rang de serviteurs d’une économie agricole prête à les broyer, ils se voient obligés d’obéir à un ordre chimique dont ils ignorent encore la dangerosité. Les champs sont aspergés de pesticides et d’engrais, les chevreaux mangent des grains d’on ne sait quoi, les poulets grandissent à vitesse grand V, les mains touchent toutes sortes de produits, les poumons se remplissent de poison, les champs de blé qui ondulent sous la brise se transforment en beauté trompeuse… La nature fait peur.

SOS, cri d’amour et de révolte devant un drame humain et écologique, Au nom de la terre apporte un regard nouveau sur ces agriculteurs pris au piège d’un système productiviste et financier. Rappelant qu’ils ne sont pas les premiers ennemis, mais bien les premières victimes.

Avis à chaud d’un spectateur
« C’est un film vraiment douloureux, j’ai beaucoup pleuré, mais il faut le voir, ça remet les pendules à l’heure et oblige à voir tous ces agriculteurs qui se suicident en silence sans que cela fasse la Une des journaux. J’ai l’impression de perdre aujourd’hui l’innocence de mon enfance quand, en vacances, je courais sur les chemins de campagne avec mes cousines : qu’avons-nous respiré à pleins poumons ? » (Micheline, 59 ans).

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