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lun. 04 nov. 2019 Cinéma # Salle Jacques-Tati

[zoom] L’âcre parfum des immortelles

(France 2019) documentaire de Jean-Pierre Thorn avec Nach, Mélissa Laveaux.
Durée : 1h19.

Note de la rédaction :

Une forêt des Landes, des dunes, l’océan, là où l’amour a commencé, là où l’adolescent est devenu homme. Le réalisateur Jean-Pierre Thorn pose ses pas sur les traces effacées de sa jeunesse et de sa rencontre avec Joëlle, cette jeune femme disparue à 25 ans parce qu’elle se rêvait invincible. Dans une longue missive cinématographique, il tisse ses mots aux lettres qu’elle lui envoyait, il mêle leurs ardents désirs et leurs espoirs tout neufs durant ce mai 68 où rien ne semblait impossible. Superposant des images de ses films – les ouvriers de Renault-Flins en 1968 de Oser lutter oser vaincre, l’occupation d’Alsthom Saint-Ouen de Dos au mur, la rage des corps de danseurs de hip-hop de Faire kifer les anges –, celles d’une nuit d’hiver passée sur un rond-point avec des Gilets jaunes et de ses rencontres présentes avec les rebelles qu’il avait filmés dans ces films, il retrace l’histoire de sa génération et la fin d’une forme de lutte. Et, surtout, l’éternelle jeunesse habitée d’un feu qui ne fait que muter, toujours prêt à se réveiller. Des mains des ouvriers du temps de l’industrie triomphante aux corps rageurs des jeunes des cités d’aujourd’hui, de l’usine Alsthom aux lofts de Saint-Ouen, des hauts fourneaux au terrain de golf de Longwy, de la radio pirate Lorraine cœur d’acier au krump des banlieues populaires, les fragiles immortelles des Landes où naquit son premier amour résistent toujours sur le sable. Comme résistent les cultures de la révolte dans les soubresauts de l’Histoire.

Aucune aigreur ni passéisme ici, mais de la pudeur, un indéfectible attachement au vivant et une immense tendresse pour toutes les jeunesses qui défient le temps en se passant le flambeau de l’espoir même quand elles ne voient plus la lumière. Avec cet Acre parfum des immortelles, Jean-Pierre Thorn, cinéaste, activiste, “établi” en usine pendant sept ans, ne baisse toujours pas les bras et nous offre un chant d’amour bouleversant où poésie et politique se rejoignent. Et comme lui dit la danseuse hip-hop Nacera Guerra qu’il avait filmée adolescente dans un gymnase de Chambéry et qu’il retrouve dans une salle municipale de Noisy-le-Sec : « Merci d’être toujours là où il ne faut pas. »

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