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mar. 01 sept. 2020 Cinéma # Cinéville

[zoom] Petit pays

(France, Belgique 2020) drame d’Eric Barbier avec Jean-Paul Rouve, Djibril Vancoppenolle, Dayla De Medina.
Durée : 1h53.
Avertissement.

Note de la rédaction :

Burundi, 1993. Sans le savoir, Gabriel vit la fin de son enfance. Petit garçon insouciant et privilégié, il ne peut saisir la profondeur de la brèche qui s’ouvre entre son père (Jean-Paul Rouve), expatrié français tombé amoureux de l’Afrique, et sa mère (Isabelle Kabano), Rwandaise exilée au Burundi voisin depuis les premiers massacres de Tutsis par les Hutus dans les années 60. Entouré de ses amis tous aussi métissés que lui et de sa malicieuse petite sœur, il navigue joyeusement entre les cultures, la liberté d’une bande de copains, les petites bêtises et les manguiers.

Mais son père, « qui a épousé sa mère pour devenir Africain, et sa mère qui a épousé son père pour voir un jour les Champs-Elysées » se séparent, et le Burundi est secoué par les prémices de ce qui déclenchera le génocide rwandais après l’assassinat des présidents des deux pays. Jusqu’à la tragédie et l’exil.

Petit pays est un film qui fait mal, comme faisait mal la lecture du roman de Gaël Faye*, largement inspiré de sa vie, dont il est la respectueuse adaptation. Parce que l’on connaît l’Histoire et que chaque éclat de rire est une joie en danger, chaque photographie l’ultime fixation dans le temps des visages de ceux qui vont disparaître. Le réalisateur Eric Barbier (La promesse de l’aube, le biopic réussi de l’écrivain Romain Gary) y traite avec pudeur le monstrueux de cette guerre civile en n’imposant pas une signature trop lourde à un récit dont la délicatesse souligne la violence, l’horreur et la perte définitive.

Petit pays, c’est aussi le retour sur la terre natale, la terre perdue de l’innocence, qui fera dire à Gaël Faye « Je suis semence d’exil d’un résidu d’étoile filante » dans sa chanson éponyme. C’était en 2013 : l’exil est un chemin sans fin.

* Prix Goncourt des lycéens 2016.

Avis à chaud d’un spectateur
« Je réalise que je suis née durant cette période, que j’ai dû entendre ces bouts de journaux télévisés français qui sont insérés dans le film avec des voix de journalistes que je connais… Pourtant, c’était quelque chose d’abstrait pour moi, lointain. » (Marie, 28 ans)

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