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ven. 08 nov. 2019 - sam. 09 nov. 2019 Spectacles # Saint-Nazaire

Un bout de chemin avec Vautier

Trignac assume son Histoire de ville ouvrière et rend aujourd’hui hommage à la figure emblématique qu’est pour elle le cinéaste René Vautier dans cet événement qui lui est consacré : “Caméra au poing !”.

>> René Vautier en 1977.

La mémoire des pierres peut attendre un peu. Il est plus urgent de capter celle des gens, souvent des sans-voix, celle qui bâtit l’Histoire non officielle, et de la transmettre avant qu’ils ne disparaissent. C’est sur cette nécessité qu’un collectif de passionnés et la Ville de Trignac ont longuement réfléchi et travaillé, en lien avec leurs réseaux, pour monter ces deux jours dédiés au cinéaste breton militant si lié à cette commune que sa salle des fêtes, jusqu’à aujourd’hui sans nom, prendra à cette date le sien. Une salle non encore totalement rénovée, dont « le côté vintage ne dépareille pas avec les années 75 », explique non sans humour Claude Aufort, maire de Trignac. Et qui dit 1975 à Trignac dit évidemment la grande grève des salariés de l’usine de production de caravanes Caravelair et le film Quand tu disais Valéry.

Caravane construite autour d’un arbre sur la place de la Mairie.

Très bref résumé. La société SEMM-Sotrimec, filiale de Sud-Aviation, décide en 1967 de diversifier sa production et de reconvertir son site de Trignac en usine de fabrication de caravanes sous la marque Caravelair, avant de vendre ses parts à Trigano en 1971. Mais dès 1973, la prime d’Etat octroyée à la société pour son installation sur la ville arrivant à son  terme, l’entreprise décide de déménager en Ardèche pour remettre le compteur à zéro. La réponse des salariés est immédiate et le mouvement social d’ampleur. L’usine de Trignac est finalement rachetée et les 900 salariés à nouveau formés pour produire du matériel agricole… jusqu’en 1975, où l’annonce d’une fermeture, cette fois définitive, tombe. C’est en février de cette année-là que René Vautier, venu présenter au comité d’entreprise de l’Aérospatial son film sur des appelés bretons durant la guerre d’Algérie, Avoir vingt ans dans les Aurès, rencontre syndicats et salariés. Logé dans une Caravelair, il restera quatre mois auprès des grévistes de Trignac, filmant au jour le jour avec la coopérative de production Cinéma Bretagne leur combat, la solidarité, l’adhésion des femmes et même des enfants, l’imagination, l’espoir et la colère, la répression et les respirations festives avec des artistes comme Gilles Servat ou Leny Escudéro. Le film de deux heures qui en résultera, Quand tu disais Valéry, a la forte particularité d’avoir été produit par la souscription de plus de 15 000 ouvriers du bassin nazairien membres du Centre de culture populaire. Œuvre collective et citoyenne alors attaquée par la censure du tribunal de Saint-Nazaire, il est le témoignage authentique des premières luttes contre les délocalisations « représentatives de l’échec de la politique de l’aménagement du territoire », selon Claude Aufort.

Un film rare en cours de remastérisation dont le public pourra (re)voir les 45 premières minutes, mais aussi deux autres films de Vautier, le tout accompagné d’une conférence sur le cinéaste et de nombreux témoignages et échanges. Et un week-end forcément animé, comme l’est la mémoire vivante : contradictoire, à vif, à trous, collective et intime à la fois. C’est bien pourquoi sera mis à disposition du public un espace d’enregistrement où chacun pourra venir déposer ses souvenirs ou laisser ses coordonnées pour être recontacté. Une véritable valorisation de l’histoire ouvrière d’une ville qui connaît les origines de sa raison d’être et qui non seulement ne veut pas les oublier, mais travaille à s’y ancrer, comme elle le fait déjà avec ses forges : par la culture. 

 

///// PROGRAMME /////

Vendredi 8 novembre :
Inauguration de la salle René-Vautier à 18h.
Projection de Quand tu disais Valéry à 20h en présence de Guy Jaques (secrétaire CGT de la SEMM), Nicole Le Garrec (coréalisatrice du film avec René Vautier), Jean-Louis Le Corre (ancien maire de Trignac) et François Arvor (ancien salarié de l’Aérospatial).

Samedi 9 novembre :
Projection de Afrique 50 et de La Folle de Toujane (1re projection remastérisée par la Cinémathèque de Bretagne) à 10h.
Conférence-débat sur René Vautier, par  les historiens Jean Monnier et Hubert Chémereau, et le documentariste Olivier Caillebot à 15h.
Concert de Gilles Servat à 18h.

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