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Portraits # Saint-Nazaire

« J’aime tous les cinémas. »

Jean-Jacques Ruttner sera le nouveau visage du cinéma Jacques-Tati.
L’ancien programmateur du Luxy, cinéma d'art et d'essai à Ivry-sur-Seine succède à Simon Lehingue.

Le cinéma est une histoire de rencontres. Pour Jean-Jacques Ruttner, 55 ans, c’est dans les années 70, à la Maison des arts de Créteil lorsque, adolescent, il se lie d’amitié avec le responsable de la programmation à qui on confie la création d’un cinéma d’Art et d’essai. L’homme n’est autre qu’Armand Badéyan* qui deviendra l’un des plus célèbres programmateurs et directeurs de salles de cinéma d’art et d’essai de banlieues parisiennes. Alors que ses envies et ses goûts de jeune adulte sont davantage tournés vers le théâtre et la musique : « J’ai découvert avec lui toute la richesse du métier de la programmation du cinéma. » Une révélation. Comme c’est le cas au théâtre, la programmation détermine la vitalité du lieu. « C’est la rencontre entre le choix d’un programmateur et les attentes du public », dit-il en citant Christian Vaugeois, critique de films dans les années 70 dans l’Avant-Scène Cinéma. Jean-Jacques Ruttner a envie de surprendre ce public, qu’il ne connaît pas encore. Apporter sa personnalité, ses choix… Quitte à bousculer les habitudes. Mais que le public se rassure : « J’avais une programmation à peu près similaire lorsque j’étais au Lucy à Ivry-sur-Seine. » Il dit aimer tous les cinémas. « Je n’apprécie pas la frontière entre cinéma commercial et cinéma d’art et d’essai qui serait plus intellectuel. Je vais au cinéma pour être diverti, ressentir des émotions. » Et pas question pour cet enfant d’immigrés ne parlant pas français de se complaire dans un cinéma réservé aux élites. « La culture doit s’adresser à tout le monde. » Comme son prédécesseur, il continuera à programmer des films populaires. « J’ai des goûts hétérogènes en termes de genre de films et de réalisateurs. » Ce qu’il préfère surtout ? : « Ne rien savoir sur un film avant de l’avoir vu. J’apprécie de me laisser surprendre. En ce sens, je suis un spectateur privilégié ». Et lorsqu’on lui demande ses attentes pour l’année 2023, il répond : « J’attends ce que je n’attends pas ». 

* Décédé en 2003, il était alors le directeur du cinéma l’Ecran à Saint-Denis et ancien directeur général de l’agence du court-métrage.