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Cinéma # Ciné Marais

[zoom] Le royaume de Kensuké

(Royaume-Uni 2024) animation de Neil Boyle et Kirk Hendry.
1h24.

Note de la rédaction :

Adaptée du roman éponyme du Britannique Michael Morpurgo, l’histoire du Royaume de Kensuké, en compétition au Festival d’Annecy 2023, est on ne peut plus simple. Comme quoi, même avec une histoire simple, celle de Michael, naufragé de 11 ans et échoué avec sa chienne Stella sur un petit paradis perdu, peut emporter. Comme quoi, même sans effets spéciaux, sans 3D ou 4D, peu importe, un film peut émouvoir et surprendre. Ne serait-ce que par son rythme tranquille, sa narration linéaire, son esthétique classique. 

On a beau connaître le propos, quand l’adolescent chavire et passe par-dessus bord, on boit la tasse avec lui. Emporté comme lui par la tempête. C’est aussi la force des dessins et des couleurs de ce film d’animation. Sombre et profond comme l’océan en pleine nuit tempêtueuse, noir comme les aquarelles de Kensuké qui peint en boucle sa femme et son enfant soufflés lors de l’attaque de Nagasaki. Néanmoins, dès qu’il s’agit de représenter la jungle, la faune, la flore, bref de célébrer la vie, le film reprend des couleurs chatoyantes. 

Dans l’adaptation qu’ont fait Neil Boyle et Kirk Hendry de ce récit d’aventures, beaucoup de thèmes forts sont évoqués de manière finalement assez concentrée (1h24). La Seconde Guerre mondiale, la prédation, mais aussi de jolies relations d’amitié. Un peu comme Mowgli et le roi Louie du Livre de la jungle ou Robinson Crusoé et Vendredi. Les dialogues épurés et ramenés à l’essentiel s’effacent au profit des émotions. Normal aussi, Kensuké, le vieux soldat japonais échoué quelques années avant le néo naufragé, ne parle pas l’anglais. Et Michael, pas le japonais. Forcément. Après un temps de défiance réciproque, évidemment que l’ermite, sec comme un bambou, et l’adolescent, maladroit et gaffeur, vont s’apprivoiser pour nouer une forte complicité dans ce paysage luxuriant au milieu des orangs-outangs, des toucans et des banians géants. 

Depuis leur havre de paix, une ingénieuse cabane perchée au sommet d’un arbre dont la cime tutoie les cieux, le doux exilé perpétuel, rejoint par son disciple, veille sur la forêt et sa faune foisonnante. Ce qui émeut dans ce conte d’animation, c’est aussi l’appétit vorace des humains. En l’occurrence des braconniers qui viennent mettre la main sur les habitants de ce vert eden ; la traque par ces mêmes trafiquants d’une mère orang-outan, dont l’issue fatale ravive de vieux souvenirs. Ce qui touche encore, c’est l’évocation de la fragilité de la beauté, de la nature. À mi-chemin entre récit initiatique et fable écologique, ce long-métrage est assurément un hymne poétique à la nature, à la tendresse. Émouvant.