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Cinéma # Salle Jacques-Tati

[zoom] Une Famille

(France 2024) documentaire de Christine Angot.
1h21.

Note de la rédaction :

Que dire, sinon rien, ou si peu. On la suit dans sa lutte, sans bouger, tétanisés. Simples observatrices, simples observateurs – plus observatrices qu’observateurs, d’ailleurs ! –, à en prendre plein la face, sans broncher ; à s’agiter, s’offusquer, se tordre de l’intérieur, sans mot dire, le souffle coupé net. Implacable documentaire à l’image de sa réalisatrice, implacable, en colère, vengeresse, «  trop violente », comme d’aucuns lui reprochent, étrangement ! Christine Angot n’y va pas par quatre chemins. Elle est brute, à vif, inflexible, intraitable. Les portes qu’elle ne supporte plus de voir fermées, elle les fracasse à mains nues ; le silence qu’elle exècre, les non-dits qui la font sortir de ses gonds, les chuchotements qu’elle vomit, elle les secoue avec force et fracas, comme elle secouerait un vieux tapis souillé par les sales pattes boueuses d’une bête immonde qui aime à se repaître de jeunes filles en fleurs jusqu’à satiété.  

Christine Angot ne veut pas, ne plus se taire. Des “romans” sur l’inceste, elle en a écrit. Des tonnes. À chaque sortie, des succès, puissants et dérangeants. Une suite d’obsessions persistantes. Aujourd’hui, à 65 ans, 52 ans après le « crime », la colère toujours aussi vive, elle montre, filme, capture “l’incapturable” pour briser le tabou familial. Avec justesse. La lumière, le rythme, la tension, la parole, tout y est. Rien de trop. Des scènes bouleversantes, des face-à-face insoutenables, comme ce premier “round” avec l’ex-femme de son père, qui donne le ton ! Un second avec sa mère, plus anatomique, puis d’autres avec Claude, son ex-mari, et Charly, son compagnon. Pour finir avec sa fille, l’échange libérateur. Le tout balloté entre passé et présent, des temps à conjuguer au plus-que-parfait qui se retrouvent, se confrontent, se répondent… Entre photos d’enfance, de jeunesse, de famille, et images d’archives aussi, dont certaines sont amèrement abjectes, comme celle où Christine Angot, longtemps méprisée par la critique, finit par quitter le plateau d’Ardisson après avoir subi l’humiliation en direct. Mais ça, c’était avant…