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Portraits # Saint-Nazaire

Un « dernier » album marqué au Marcœur

Huit ans après la sortie de son 11e opus, Albert Marcœur, icône rock au long cours, s’apprête à entrer en studio(s) avec ses 31 musiciens pour V’là autre chose. Son 12e, le « dernier », un 13 titres, une ultime création radioactive qui, pour voir le jour, a besoin de vous. « Car tout seul, [il] n’y arrivera pas. » Rencontre avec un sacré bonhomme, à l’ombre… du “Châtaignier”, au 12, rue…

Albert Marcœur a posé ses valises à Saint-Nazaire en 2021, une ville dans laquelle il se « sent bien, qui sent bon la terre, le vrai, qui sonne bien. Il y a un truc ici qui n’existe nulle part ailleurs ».

« C’est sûr, c’est le dernier ! » Et si l’envie, largement défendable, de ne pas y croire vous démange, qu’à cela ne tienne ! Albert Marcœur, en grand Monsieur qu’il est, ne reviendra pas sur sa parole. Allons bon, « V’là autre chose », pesteront, pour sûr, les aficionados du “Frank Zappa français”, selon la référence consacrée…, sacrée pour l’intéressé ?, toujours un peu gêné par cette comparaison qui, à chaque interview, lui revient comme un boomerang : « En fait, lui, il est là, lève-t-il la main bien haut. Moi, ici ! , en l’abaissant, incomparable », soutient-il humblement avant de confier, les yeux un brin rieurs : « Quand je l’écoute, je le jalouse. Je me dis que c’est moi qui aurais dû écrire ça ! » 

De L’ail à Tcherbonyl !  

Des aficionados à mille lieues d’imaginer que la locution verbale employée par leurs soins, V’là autre chose, n’est autre que le titre du 12e album de ce poète rockcœur… à la folie des grandeurs ? : « C’est ce que certains pensent ! Mais quitte à ce que ce soit le dernier, autant faire péter les durites ! Et surtout à l’heure où la machine a tendance à se gripper, et mes facultés à me fausser compagnie. » Pourtant, du haut de ses presque 78 printemps bien fleuris en énergie créative, le gentleman néo-Nazairien à la prose iconoclaste et au style inclassable – qui ont fait de lui une icône avant-gardiste des années 70 et plus encore –, n’a rien perdu de son verbe légendaire et de sa gouaille musicale ! V’là autre chose, la preuve par 31 + 1. 31, pour le nombre de musiciens. Des musiciens aux pedigrees prestigieux, tels Guillaume Perret et Victor Michaud (du côté des Nazairirens), entre autres Louis Sclavis, Noémi Boutin…, qui s’apprêtent, en juin, en solo, duo ou quartet, à entrer en studio(s) – au pluriel, car en deux endroits et en quatre temps, empreinte carbone oblige – pour faire naître ce « machin pas si rigolo ni triste qu’il en a l’air ! ». Et 1, pour cet original protéiforme qui, au 6e étage de son “Châtaignier”, assis sur la banquette de son piano, passe un dernier coup de pinceau sur les scores des 13 pièces qu’il a écrites, histoire de retirer les petits bouts de gommes qui, sans gêne, s’invitent à la table des compositions ; les partitions pas bien loin, prêtes elles aussi à être envoyées à « l’ange » copiste, Frédéric Aurier. Cet album, « ce dernier », dont la sortie est prévue en novembre, fera corps avec l’universel musical. Comme imprégné par toutes ses influences : Zappa, forcément, Kim Crimson, Gong, bien sûr, mais surtout Captain Beefheart et sa folie magnétique. Comme emporté par cette espèce de mixture ethno-classico-électro-jazz-rock dont lui seul a la recette. « Car je ne sais rien faire d’autre, à part des pommes de terre farcies ! », confesse-t-il…, et « trouver le gémissement de l’ail qui s’écrase et s’enfonce dans les trous du presse-ail ! », un extrait du 2e titre de l’album, L’ail, qu’il chantonne “ailament” ! Avant de vouloir revenir à Tchernobyl, très Tchernobyl !, de prendre un apéro covidé avec Coccinelle, ma belle, ou de rêver d’Une belle mort, de celle qui a « de la gueule ». Des textes troublants, incisifs, zestés d’une sournoiserie doublée de fausse naïveté, pleins d’humanité, et portés par ce leitmotiv intrinsèquement ancré qu’est celui de « donner de l’humour [subtil] à des choses trop sérieuses », un peu à la manière d’un Zappa… « Ça fait partie de ces petites choses qui nous rapprochent », lance détaché celui qui aurait pu partager sa table, lors d’un dîner parisien si « trouille et timidité » ne s’étaient liguées. « Je n’ai pas osé. » L’un de ses plus grands regrets.  

L’humble de l’ombre 

Et des artistes, dans sa carrière au long cours, c’est dire si l’auteur-compositeur-interprète-arrangeur-multi-instrumentiste et chanteur en a croisé. Des noms ? Allez, un, deux, tr…, guère plus, « on ne va pas non plus s’éterniser là-dessus ! » Pas l’essentiel, et pas le genre d’Albert, lui qui a « horreur du showbiz », préférant l’ombre à la lumière car, mine de rien, une fois sous les feux des projecteurs, « le plus dur, c’est d’y rester. Au final, tu ne penses plus qu’à ça, et tu finis par t‘oublier ». Lui, ce qui « [l’] éclatait le plus » ? Mener une vie extraordinaire de gens ordinaires. Aller au cirque, se taper une toile, voir un spectacle de danse… Et faire de la musique ! Elle, sa vie. Son amie, sa complice, son amante… Lui, « son objet, son suzerain, à son service ». Elle et lui unis autour d’un « pacte. Je ne la quitterai jamais, comme a pu le faire Tolstoï, car elle le rendait fou ! Moi, je m’en acclimate » même si « dans ma tête, c’est un sacré merdier ! » Partout elle est, tout le temps : « C’est le bruit d’une casserole, le bourdonnement des usines, c’est la rue, le chant des oiseaux, les gargarismes, les voix dans les cafés, c’est le TGV quand il freine, le robinet quand il coule… » Le bruit du quotidien pour matériau musical. N’y a-t-il pas plus bel espace de jeu ? Enfin l’univers à portée d’oreilles pour traficoter, expérimenter, capturer, triturer, étirer les sons, s’aventurer là où rien n’est interdit… Aller jouer, dans les années 70, en Iran, en Afrique du Sud ou à Rome avec les Lake’s men, son premier groupe au sortir du conservatoire de Dijon ; enregistrer avec Kapak sur « un huit pistes… New York pour nous ! », dans les studios de Jacques Denjean, ni plus ni moins l’arrangeur des orchestrations de Johnny Hallyday, Salvador, etc. ; sortir 1 album, puis 2, puis 3, puis 4 ; créer son studio en Bourgogne avec l’un de ses frangins, puis 5, puis 6, puis… Puis 12 ! Il pensait que c’était fini. « Mais je n’arrive pas à en avoir marre ! » Il se met alors à écrire « toutes sortes d’aphorismes, de singeries sur des feuilles volantes qu’[il] classe dans des chemises spéciales : Amitié, Nucléaire… ! » Et v’là que V’là autre chose, son « dernier ! », la marque MarCœur, un grand Monsieur à la classe indélébile. 

// Soutien à l’album 

Pour financer la création de cet album, l’association Ҫa sert à ça qui portera le projet propose deux options qui alimenteront le budget dudit album (transports et salaires des musiciens, studios, voyages, pochette…), estimé à 50 000 € : une souscription de 25 €, frais d’envoi inclus, ou un don.  

Helloaasso.com (Ҫa sert à ça).
Chèque à l’ordre de Ҫa sert à ça
5, rue du Port – 44 600 Saint-Nazaire.
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Renseignements : associationcasertaca@gmail.com