Retour à l'agenda
Spectacles # Montoir-de-Bretagne

Je suis la maman du bourreau nous met en pièces

Clémentine Célarié revient à Montoir-de-Bretagne avec Je suis la maman du bourreau. Un seule-en-scène qui a fait chavirer Avignon. Une performance habitée, au service d’un texte puissant signé du néo-Nazairien David Lelait-Helo.

Dans le rôle d’une mère trahie, dont le monde s’effondre, Clémentine Célarié se donne corps et âme et brûle les planches.

Elle avait déjà donné corps à Jeanne dans Une vie de Maupassant. Cette fois, Clémentine Célarié se glisse dans la peau de Gabrielle de Miremont, une mère obsédée par la foi et l’amour qu’elle porte à son fils, prêtre respecté, avant que la révélation de son ignominie ne l’engloutisse. Une plongée en apnée dans les abysses de l’aveuglement maternel, adaptée du roman éponyme de David Lelait-Helo, prix Claude-Chabrol 2022 (éd. H. d’Ormesson). L’histoire raconte comment une mère découvre que son fils, qu’elle pensait être un ange, se révèle être le diable et comment dès lors, toutes ses certitudes s’effondrent. Et elle, avec. « Tout ce qui est arrivé ces derniers mois a balayé l’édifice imposant que j’étais, a raviné jusqu’aux fondations de mon être », constate, amère, cette femme austère. Le récit au style incisif est redoutablement efficace. À la fois totalement addictif et terriblement haletant, il plonge dans la tourmente d’une vieille dame qui vacille, d’une mère qui se heurte à l’innommable. 

Genèse de l’œuvre 

À l’origine, l’œuvre du Saint-Marcois, située comme il l’écrit en plein cœur du « mal endémique » qui ronge l’Église, était destinée au petit écran et à sa grande amie Line Renaud. « Elle voulait que je lui écrive un rôle de femme forte et puissante », explique le prolifique auteur – plus de 30 livres à son actif. Il commence à écrire un synopsis mais Line Renaud ne peut finalement plus tourner. Alors, « au lieu d’un synopsis, j’écris un livre dont le producteur de cinéma Dominique Besnard rachète les droits ». Quelque temps plus tard, Clémentine Célarié doit présenter une pièce au festival d’Avignon. Elle n’a pas d’idée jusqu’à ce qu’une libraire lui parle de Je suis la maman du bourreau, son coup de cœur qui devient aussi le sien. Découvert en mars par la comédienne, elle décide de l’adapter pour l’interpréter en… juillet. « Entre nous, il y a eu [aussi] un coup de foudre (encore un !) amical », sourit l’auteur, également journaliste et chroniqueur littéraire pour Femme actuelle. La reconnaissance est fulgurante, et au passage, Clémentine Célarié s’offre un rôle en or couronné du prix du meilleur seule-en-scène du Off d’Avignon 2023. Depuis, les dates s’enchaînent. À l’affiche du théâtre parisien de La Pépinière pendant quatre mois, puis en tournée dans une centaine de villes, représentées environ 250 fois, le succès ne faiblit pas. 

La descente d’une mère aux enfers 

Tour à tour présentée comme “glaçante” et “bouleversante”, la comédienne fait vibrer la langue du romancier, qui aborde sans détour et très crûment les affaires de violences sexuelles qui frappent l’Église. Je suis la maman du bourreau nous interroge, nous bouscule aussi. Comment survivre à l’horreur quand elle porte le visage de son propre enfant ? Que reste-t-il de sa foi lorsqu’elle se brise contre ce même mur de l’horreur ? Les réponses aux questions que se posent David Lelait-Helo, Clémentine Célarié les transfigure avec une intensité brute. Magistrale et poignante, il fallait toute sa flamme pour donner corps à ce texte si puissant dont Clémentine Célarié « ne trahit pas une ligne dans son adaptation et sa mise en scène », insiste l’auteur. Alors qu’il s’apprête à livrer une réédition de Poussière d’homme agrémentée d’une suite, l’écrivain annonce que « le roman Je suis la maman du bourreau redeviendra un téléfilm, librement adapté. Diffusé sur France TV en avril, il aura pour actrice principale Marie-Christine Barrault ». Mais sur scène, dans l’obscurité fébrile du théâtre, ce face-à-face brutal entre une femme et l’impensable s’incarne avec une Clémentine Célarié dont « l’intensité dramatique tutoie le vertige intime » tout en brûlant les planches.