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mar. 22 janv. 2019 Associations # Saint-Nazaire

Fin de Snalis ? « Un double gâchis »

L’association nazairienne luttant contre la fracture numérique suspend ses activités faute de soutiens financiers depuis la fin des contrats aidés.

Jean-François Rolez, un des fondateurs de l’association, faisant le tri avant la fermeture du local.

Un sentiment de gâchis. En ce mardi après-midi, les bénévoles de Snalis* débarrassent leur local du 61, rue d’Anjou qu’ils occupaient depuis six ans. Ils doivent le libérer pour début février. C’est la conclusion de dix ans d’engagement dans la lutte contre la fracture numérique : l’association solidaire suspend ses activités. Même si, comme ils aiment à le dire, ce n’est pas encore la fin de l’histoire, ils se demandent encore comment remplir leur mission. 

Avec la fin des contrats aidés, les ressources sont devenues largement insuffisantes pour collecter, reconditionner les ordinateurs, et aider les plus précaires à se familiariser au monde numérique. « Quand le gouvernement a mis fin aux contrats aidés, on s’est tourné vers les collectivités. Au début, personne ne nous a répondu. Et puis le Département s’est réveillé pour au final nous dire qu’on faisait mal les choses », regrette Elisabeth Allaire, trésorière de l’association collégiale**. Une rencontre qui n’aboutit sur aucune solution. Les deux derniers emplois aidés ont vu leur contrat s’achever respectivement en mars et novembre 2018 et « on demandait de l’aide pour au moins avoir un salarié, soit 20 000 euros par an. De l’aide pour constituer des dossiers de subventions européennes ».

Et pourtant… l’association avait suscité en 2008 l’engouement de ces mêmes collectivités qui avaient apporté leur aide financière – à hauteur de 10 000 euros – pour amorcer le projet.

Un gâchis écologique

En montrant un article du magazine de la Carene consacré au recyclage des déchets ménagers, Elisabeth Allaire ne cache pas son mécontentement : « C’est bien ! Mais que fait-on pour les déchets d’équipements électriques et électroniques (les 3 E) comme le matériel informatique. Cela n’a pas de sens. D’un côté, ils ne soutiennent pas les initiatives qui œuvrent pour la transition écologique et, d’un autre, ils ne cessent d’en parler. »

Car c’est un des credo de l’association : les bénévoles récupéraient des ordinateurs en état de marche, mais considérés comme désuets ou dépassés pour les entreprises ou les collectivités. Les appareils étaient ensuite reconditionnés avec des logiciels libres pour les donner aux plus précaires, accompagnés d’une garantie d’un an*** et d’une formation de deux heures, en contrepartie d’une cotisation annuelle de 30 euros. Parmi leurs fournisseurs : la Carene, Airbus, le centre hospitalier. Soit près de 600 machines par an qui permettaient d’en reconditionner autour de 300 en état de fonctionnement.

Des conséquences sociales

La transaction écologique n’est pas la seule perdante. Pour l’association, c’est également un gâchis social. Cette suspension des activités de Snalis fait écho à l’actualité : dans un rapport publié récemment, Jacques Toubon, le défenseur des Droits, s’inquiète de la numérisation progressive de l’accès aux services publics, dont tous sont censés être uniquement accessibles par Internet d’ici 2022.

« La lutte contre la fracture numérique ne se résume pas au haut-débit ou à la 4G », soutient la bénévole.

Dans leurs messages de soutien à Snalis, nombre de professionnels auprès des plus précaires ont rappelé que certains d’entre eux avaient réussi à trouver un emploi grâce au travail de l’association. « Qui va les aider maintenant ? », s’interroge Elisabeth Allaire.

Snalis ne baisse cependant pas complètement les bras et vient d’entamer une réflexion pour trouver une autre façon de mener son action. A suivre.

* Saint-Nazaire Association Libre Informatique et Solidaire
** Association sans président
*** SAD : Service après-don

 

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C’est le nombre de personnes qui ont pu bénéficier chaque année d’un ordinateur et d’un accompagnement.

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