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ven. 20 mars 2020 đŸ˜· COVID 19 # Saint-Nazaire

L’ASC sur le pont

Rester chez soi : consigne premiĂšre de lutte contre la propagation du virus Covid-19. Mais quand on n'a pas de chez soi ? Quand on n'a pas accĂšs Ă  l'eau pour se laver les mains ? Quand on n'a plus de lieux publics oĂč se mettre un tant soit peu Ă  l'abri durant la journĂ©e ? Quand la rue a fragilisĂ© notre santĂ© ?

Rencontre avec Corinne Praud, co-directrice de l’Association SolidaritĂ©s et CrĂ©ations de Saint-Nazaire.

>> Corinne Praud durant la soupe impopulaire organisée par le Carillon de Saint-Nazaire le vendredi 14 février dernier.

Estuaire. L’ASC a deux services d’obligation : le Trait d’Union, accueil de jour de personnes sans domicile fixe avec possibilitĂ© de douche, petit-dĂ©jeuner et dĂ©jeuner, et le Serdom, qui livre Ă  domicile des repas aux personnes ĂągĂ©es, malades ou handicapĂ©es. Comment avez-vous pu rĂ©agir lors des annonces de confinement ?
Corinne Praud. Tout est compliquĂ© dans la mesure oĂč nos travailleurs sociaux sont en arrĂȘt pour garder leurs enfants et que nous avons moins de bĂ©nĂ©voles. Non pas qu’ils aient voulu se retirer, mais parce que 50 % d’entre eux ont plus de 70 ans et qu’il est de notre devoir de les protĂ©ger. Pour le Serdom, on peut dire que c’est un peu plus simple dans la mesure oĂč notre cuisine d’insertion ne manque pas de nourriture, la banque alimentaire fonctionne toujours et l’aĂ©rospatiale nous en a apportĂ© beaucoup Ă  la fermeture de ses restaurants d’entreprise. Je tiens Ă  saluer ici l’Ă©quipe de choc de notre cuisine qui bosse avec moins de personnel.

Mais nous avons un gros problĂšme de livraison : nous ne possĂ©dons que deux voitures frigo, ce qui veut dire deux personnes Ă  l’intĂ©rieur, ce qui va Ă  l’encontre des consignes de confinement.
Nous lançons ici un appel : quelles collectivitĂ©s locales ou quels commerçants pourraient nous en prĂȘter deux autres ? C’est urgent.

>> L’Ă©quipe du Serdom de l’ASC livre plus de 120 personnes ĂągĂ©es ou handicapĂ©es confinĂ©es Ă  leur domicile.

Et l’accueil de jour ?
La coordination pour la rĂ©ouverture de ce lundi (NDLR : 16 mars) a Ă©tĂ© difficile avec des travailleurs sociaux en moins. Nous avons installĂ© une personne par table, mais notre local est petit… Il Ă©tait impĂ©ratif de trouver rapidement une alternative.

Comment prioriser le confinement quand on n’a pas de domicile ? Les squats sont un problĂšme car ils ne permettent pas le respect de l’hygiĂšne, et nous avons recensĂ© 17 personnes sans hĂ©bergement du tout. Les personnes sans domicile vivent une grande tension et ne savent plus oĂč se protĂ©ger durant la journĂ©e : les lieux ressources comme la mĂ©diathĂšque sont fermĂ©s, le CCAS est fermĂ© au public**, la plupart des commerçants du rĂ©seau du Carillon sont fermĂ©s… Tout s’effondre pour eux.

Et pour corser leur situation, ils se font depuis deux jours “embĂȘter” par la police qui leur demande de rentrer chez eux ! Les sans-domiciles fixes sont aujourd’hui plus en colĂšre qu’inquiets.

Avez-vous fait appel aux collectivités locales ?
Nous avons lancĂ© un appel Ă  la Ville en demandant un lieu de confinement, Bonne Anse aurait Ă©tĂ© l’idĂ©al, mais nous n’avons pas Ă©tĂ© entendus Ă  ce jour.

>> Soupe impopulaire devant l’hîtel de ville de Saint-Nazaire

Alors ?
Nous sommes en relation constantes avec toutes les autres associations, nous rĂ©flĂ©chissons ensemble. Nous avons dĂ©cidĂ© une mutualisation de nos forces avec le foyer Blanchy*, car chez eux aussi les travailleurs sociaux sont absents. Nous avons donc fermĂ© notre accueil de jour rue Jean-Pierre Dufrexou pour rĂ©affecter nos moyens humains Ă  Blanchy, qui, Ă©videmment, ne ferme plus durant la journĂ©e. Il s’est aussi organisĂ© pour accueillir 7 personnes de plus. Il restait 10 personnes Ă  loger. Depuis hier, jeudi 19 mars, l’Etat s’engage Ă  financer des chambres de confinement dans des hĂŽtels. Ces 10 personnes ont donc Ă©tĂ© rĂ©parties entre l’hĂŽtel de l’Europe et Formule 1. Je tiens vraiment Ă  souligner la solidaritĂ© de ces hĂŽteliers dans des conditions trĂšs difficiles. Celui de l’hĂŽtel de l’Europe est tout seul, tous ses salariĂ©s Ă©tant en arrĂȘt.

Bravo aussi aux citoyens qui ont proposĂ© spontanĂ©ment d’hĂ©berger trois personnes.

Et pour les repas ?
Blanchy, qui servait dĂ©jĂ  les petits-dĂ©jeuners et les dĂźners, a ses propres fournisseurs et notre cuisine fournit les repas qui sont livrĂ©s aux deux hĂŽtels. Pour continuer Ă  assurer, nous avons besoin de plus de bĂ©nĂ©voles ! Pour aider l’hĂŽtelier de l’Europe qui est tout seul, pour les livraisons, pour maintenir le lien. Pourquoi pas des musiciens, des lecteurs d’histoire, des solidaires de vie.

ASC : 02 40 66 10 70.

* Centre d’hĂ©bergement d’urgence Ă  la nuitĂ©e qui a en temps “normal” une capacitĂ© de 25 places et est fermĂ© la journĂ©e de 9h Ă  16h les jours de semaine.

** Il tient une permanence téléphonique (02 40 17 19 99, du lundi au vendredi de 9h à 12h et de 13h à 16h) et maintient le retrait du courrier des personnes domiciliées.

Depuis l’Ă©criture de cet article, la Ville de Saint-Nazaire a proposĂ© un Ă©quipement collectif d’accueil pour les plus fragiles. Nous n’en savons pas plus ce jour vendredi 20 mars, 17h, mais nous tiendrons dĂšs que possible nos lecteurs avisĂ©s de toute nouvelle disposition.

 

 

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