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ven. 01 mai 2020 Musique

Un “drôle de type” s’est envolé

L'auteur-compositeur, chanteur et musicien Jean-Yves Le Bellec ne verra pas le temps du muguet ni celui des cerises. Il vient de quitter définitivement le monde des Terriens.

Difficile de raconter celui que ses amis appelaient Bellec. Il y a d’abord ses textes de chanson, bien sûr. Sa voix si profonde, bien sûr. Il y a aussi son amour des mots sonnants qu’il passait à ses élèves dans des ateliers enfiévrés. Il y a sa force tranquille qui a irrigué tout un réseau d’artistes qui font vibrer les cafés-concerts et les fêtes populaires. Il y a Saint-Nazaire, où il vivait. Il y a son amour de l’océan, des quais, des ports, des bistrots et des marins, son amour des gens. Il y a son éloignement aussi, des institutions et de la reconnaissance.

Mais ce n’est pas suffisant. Il y a sa discrétion, son humour, sa fidélité en amitié. Sa générosité aussi, lui qui était chauffeur bénévole du camion le MarSOINS. Tout ce qui fait qu’il fut si important pour tant de Nazairiens, et bien au-delà. Finalement, nous n’avons pas trouvé mieux que ces mots de Léo ferré pour s’approcher aujourd’hui de lui : il était comme ça, comme ces “drôles de types” :

Ce sont de drôles de types qui vivent de leur plume
Ou qui ne vivent pas c’est selon la saison
Ce sont de drôles de types qui traversent la brume
Avec des pas d’oiseaux sous l’aile des chansons

(Les poètes, Léo ferré)

“Poèmes”, tiré de l’album Armor Swing, posté par son ami André Hervé.


Et ce texte plein d’embruns paru dans le livre de Pierre Joubert, Enez Houad, paru en juillet 2019.

L’île de l’Houat

On l’aborde comme une femme
Cette inconnue aux quatre vents
Toutes voiles dehors ou à la rame
Un pied à terre sur l’océan
On n’la connaît que par ouï-dire
Dans des bistrots de traîne-savates
Pour le meilleur et pour le pire
Embarquons pour l’île de Houat

Un gamin pousse sa cariguelle
Un bateau bleu planté dedans
Quand je s’rai grand je s’rai Riguidel
Je suivrai l’école des goélands
Je suivrai le chant des sirènes
Pour rentrer par vent qui démat’
Pêcher l’bezu ou le talien
dans les passes de l’île de Houat

Qu’importe Océane et Marine
Elle sera toujours la plus belle
Un cœur marin sous la poitrine
Un’fille des îles pour septième ciel
Combien d’poètes en mal de mer
Ont rembarqué vers leurs pénates
Ils n’ont pas vu le rayon vert
Dans les yeux des filles de Houat

Y’a Saint-Gildas qui veille au grain
Par temps de brume sur le port
Si par tempête sonne le tocsin
Tous les hommes rejoignent leur bord
Ils partent pour sauver les vivants
Sont pas corsaires sont pas pirates
Y’a pas de pilleurs d’océans
Dans les légendes de l’île de Houat

Y’a pas que des canards sauvages
Y’a pas qu’des enfants du bon Dieu
Faut de tout pour faire équipage
Des braves et des calamiteux
Les Goélands sont sur orbite
Les pêcheurs taquinent la morgate
Le vent se lève les flots s’agitent
C’est l’automne sur l’île de Houat

Double ration de boujaron
C’est de la pomme pas du picrate
Bois-le cul sec dans un juron
A la chanson de l’île de Houat
On l’a rêvée on la réveille
Quelques mots jetés à la hâte
Une chanson dans un’bouteille
A la santé de l’île de Houat

On l’a rêvée on la réveille
Quelques mots jetés à la hâte
A la santé de ceux qui veillent
Les cœurs qui battent sur
Sur l’île de Houat
Jean-Yves Le Bellec (janvier 2019)

Salut l’artiste !

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