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mar. 29 sept. 2020 Portraits # Donges

« Ce manoir appartient à Donges »

Le manoir de la Hélardière doit sa renaissance à une femme, Vivianne Bosse-Perus, qui, d’une ruine il y a vingt ans, souhaite aujourd’hui en faire un centre d’art.

Le manoir de la Hélardière à Donges.

Vivianne Bosse-Perus n’a rien du stéréotype de la châtelaine dans son manoir. Cette grande femme élancée qui a été dans une autre vie hôtesse de l’air a les mains d’un artisan. De celles qui taillent la pierre et qui font des merveilles. Depuis vingt ans, elle restaure contre vents et marées le manoir de la Hélardière, un bâtiment du 15e siècle qu’elle a acheté en ruine, à la suite du décès de son mari.

« Il fallait bien que je m’occupe. Je ne pouvais pas passer ma vie à pleurer. »

Vivianne Bosse-Perus

C’est en 2002 qu’elle a un réel coup de cœur pour ce lieu découvert par une petite annonce et qu’elle en fait l’acquisition. « C’était un roncier. D’un côté, un arbre poussait dans la chapelle, de l’autre les plafonds étaient effondrés, l’ancien fournil servait de fosse à purin. Cela faisait vingt-sept ans qu’il était inoccupé. Dans la salle principale, tout était resté en place, le pot de confiture, la vaisselle, comme si les occupants étaient partis dans l’urgence. »

Alors qu’elle n’est même pas encore propriétaire, elle demande à un couvreur de la région de bâcher le toit – « J’avais le sentiment de déjà le connaître. » –, puis fait un détour par la Drac (NDLR, Direction régionale des affaires culturelles), qui n’avait pas connaissance de ce bâtiment à l’abandon mais qui, après recherche, a découvert que les vitraux avaient été mentionnés dans le Corpus vitrearum, la bible mondiale du vitrail. « Je ne voulais pas me lancer dans une telle aventure sans savoir ce qu’était ce bâtiment. Et, surtout, j’avais un jeune enfant, je ne voulais pas qu’il rate la rentrée scolaire. Il fallait que le lieu soit au moins à peu près habitable. »

Une lutte de dix ans

C’est alors que débute le combat d’une vie. D’abord, le pot de terre contre le pot de fer. Vivianne Bosse-Perus dérange, notamment son voisin, l’imposante et puissante raffinerie Total*, qui ne voit pas d’un bon œil ce projet à ces portes. Dix ans à ne rien céder. A interpeller les élus, les conseillers ministériels, tout en continuant à œuvrer à la restauration.

« Le préfet ne voulait pas signer d’inscription aux inventaires des monuments historiques. Il fallait que je passe par-dessus lui. Le jour, je travaillais à la restauration, la nuit j’écrivais les courriers, je faisais des recherches historiques. »

Les associations historiques locales, dont la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, apportent leur soutien, notamment l’historien britannique spécialiste du duché de Bretagne dans l’histoire médiévale française, Michael Jones, qui entame un travail scientifique autour de ce patrimoine. Les Dongeois se mobilisent aussi.

Cette ténacité trouve enfin son débouché naturel, le manoir est officiellement inscrit aux inventaires des monuments historiques en 2012. La page est aujourd’hui tournée avec la raffinerie, les relations sont apaisées, voire « très bonnes ».  « Il n’y a plus de problème, bien au contraire, ils ont envie de collaborer. »

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Mais le combat ne s’arrête pas pour autant : la restauration doit continuer. Et Vivianne Bosse-Perus ne peut compter que sur elle-même et sur la bienveillance d’artisans qui la conseillent. « En vingt ans, j’ai eu en tout et pour tout 7 000 euros d’aide. » Certaines collectivités lui avaient promis de la soutenir financièrement, à hauteur de 83 000 euros, elle attend toujours les fonds.

« C’est toute seule que j’ai appris à tailler le granit, je n’avais pas les moyens de faire travailler des professionnels. ».

Manoir de la Hélardière en 2002.

Fort heureusement, elle a pu compter sur un vieux tailleur de pierre  à la retraite qui l’a initiée, étonné de son talent naturel, à la taille du granit et à la reproduction des symboles qui jalonnent les montants des fenêtres et des portes.

Le manoir et ses artistes

Vivianne Bosse-Perus ouvre alors une nouvelle tranche de sa vie, celle de sculpteur sur pierre. Une sensibilité culturelle qui l’amène à côtoyer tous types d’artistes qu’elle fait venir en résidence, comme le peintre et graveur Jean-Claude Brébion ou encore le metteur en scène du théâtre Azdak, Yvon Potier.

« Je souhaite faire du manoir une sorte de centre d’art, où les artistes peuvent venir créer, composer, exposer. En faire un lieu d’étude, de réflexion et de méditation qui soit ouvert au public. »

La chapelle du manoir.

Un projet en devenir qui suscite l’intérêt de la Ville de Donges et même de Saint-Nazaire agglomération Tourisme.

Dans toute l’histoire de ce manoir, elle se révèle être la 25e femme à le posséder : « Je suis certes la propriétaire, mais le manoir appartient à Donges. »

* A cette époque, le manoir était menacé en raison de son implantation sur le nouveau plan de prévention des risques technologiques. En 2011, la Ville de Donges et le Département avaient manifesté leur opposition à la destruction de ce patrimoine au style breton médiéval.

 

///// Le Théâtre Azdak /////

Après le succès rencontré par Les Précieuses ridicules jouées samedi 19 septembre dans la cour du manoir, le théâtre Azdack va s’attaquer à un autre classique de Molière, Les femmes savantes, qui se jouera encore une fois au manoir.

« C’est un lieu magique. C’est même mieux qu’une vraie scène de théâtre », s’enthousiasme le metteur en scène. Un endroit qui l’a tellement enchanté que la compagnie en a fait sa résidence permanente.


///// La Ville de Donges séduite 
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« Nous voulons développer un véritable partenariat avec Vivianne Bosse-Perus pour permettre au manoir d’étoffer l’offre artistique et au public de mieux connaître ce lieu », affirme François Chéneau, maire de Donges.
Fin connaisseur de l’histoire et du patrimoine de sa commune, l’élu souhaite que le manoir, bien qu’étant une propriété privée, devienne un réel lieu de culture sur la ville.

« Elle a déjà entamé ce travail par l’accueil d’artistes, nous souhaitons progresser avec elle, d’autant plus que nous aurons une meilleure lisibilité une fois la crise de la Covid passée. »

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