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mar. 10 mars 2020 Associations # Saint-Nazaire

Générique de fin pour Version originale

L’association Version Originale s’est dissoute en décembre dernier après décision de sa dernière assemblée générale du 13 mai 2019. Ni amertume ni regrets ici, mais plutôt un bilan satisfaisant malgré un reste d’inquiétude quant à la place donnée au cinéma Art et Essai à Saint-Nazaire.

>> Bernadette Lafont, la bénévole de VO Hélène Le Guével et la monteuse Diane Baratier, au Fanal en juin 2011.

« Lors de la création de l’association en mars 2005, nous avons choisi de nous appeler “Version Originale” pour souligner le fait qu’il n’y avait alors plus de films projetés en VO sur la ville. Le contexte était alarmant », expliquait il y a tout juste deux ans à Estuaire Dany Courapied, présidente de VO. Rencontrée aujourd’hui, celle-ci précise : « En février 2005, nous avions appris par la presse, dans un article du Nouvel Observateur, que la municipalité avait décidé de fermer la salle de cinéma du Fanal et que sa programmation, déjà très épisodique, allait passer au Cinéville et aux Korrigans. Comment décider ainsi de l’avenir du cinéma Art et Essai à Saint-Nazaire sans aucune concertation ? » Une vingtaine de cinéphiles se réunissent alors en urgence en association pour défendre une certaine idée du cinéma. Ils commencent par rencontrer la Ville et demandent la construction d’un cinéma dans le futur Théâtre, sans succès. Ils proposent donc la location d’une salle dédiée à l’Art et Essai au Cinéville. Nouvel échec : trop cher.

>> De gauche à droite, Martine Jehanno, Dany Courapied et Annie Bouto.

Tout en soutenant l’équipe du Fanal, VO a commencé à naviguer entre Les Korrigans et le Cinéville, y projetant une fois pas mois un film Art et Essai en version originale. Cela durant deux ans, les Korrigans fermant ses portes en 2007. S’ensuivirent quatre années d’alternance entre Cinéville pour les films récents et le Fanal pour les films du patrimoine avant de ne plus intervenir qu’au Fanal à partir de 2012. Nouveau coup de tonnerre en 2016 lors de la fermeture définitive du Fanal, sans perspectives réelles d’une nouvelle implantation de cinéma.

« Il nous fallait défendre la nécessité pour une ville de 70 000 habitants d’avoir sa salle Art et Essai. Cinéville fait son travail, mais, en toute logique, il n’offre aujourd’hui qu’une petite fenêtre Art et Essai. Les cinéphiles se sont battus et quand, finalement, il a été question d’installer ce qui deviendra le cinéma Jacques-Tati à la Maison des associations, nous avons été soulagés sans être satisfaits : on enlevait une salle aux associations et, de toute façon, cette salle unique nous a été présentée comme provisoire…, reprend Martine Jehanno, trésorière de VO. D’autant que la Mairie avait demandé la même année au cabinet Hexacom un audit dont les résultats étaient clairs : la ville réunit toutes les conditions pour avoir un cinéma Art et Essai multiplexe. La culture et le cinéma relèvent d’une volonté politique, Saint-Nazaire mérite bien ça ! »

Satisfaction et baisse d’énergie

Après quinze années d’activité, les bénévoles de VO sont assez fiers d’avoir su partager leur passion. A leur bilan, plus de 300 films projetés – toujours accompagnés d’un court-métrage –, des débats, des week-ends de leçons de cinéma thématiques, des rencontres avec des réalisateurs. Le tout sans élitisme. « Bien sûr, nous n’avons pas pu réaliser notre projet d’une Maison de l’image et le Jacques-Tati n’a qu’une salle…, mais nous avons grandement participé à l’accès des Nazairiens aux films d’Art et Essai et notre grande fierté est d’avoir introduit un cours de cinéma il y a déjà dix ans à l’Université inter-Ages. Nous arrêtons parce que le travail du Jacques-Tati est excellent, avec un programmateur, Simon Lehingue, batailleur et dynamique, la mission que nous nous étions donnée a moins de sens aujourd’hui. Nous avons confiance », confie Dany Courapied.

Mais comme dissolution ne signifie pas perte de passion, les membres de VO se disent toujours prêts à défendre le cinéma. Ils le prouvent encore en reversant leurs fonds restants (NDLR : 5 000 euros) à parts égales aux Pieds dans le PAF, au Centre de culture populaire et à l’association Cales obscures, organisatrice du festival Zones portuaires. « Quant à nos archives, nous souhaitons les confier aux archives municipales. Elles viendront enrichir les traces de la grande tradition de cinéma à Saint-Nazaire depuis les années 50. » 

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