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mar. 19 janv. 2021 Associations # Saint-Nazaire

Sauveteurs en haute mer

Après cinq mois d'immobilisation, le navire-ambulance humanitaire Ocean Viking a pu quitter le port de Marseille lundi 11 janvier dernier.
Le point avec les bénévoles de la nouvelle antenne SOS Méditerranée qui s'est créée cet été à Saint-Nazaire.

« En Loire-Atlantique*, il n’existait que la seule antenne de Nantes ouverte en juin 2018. Ses bénévoles sont venus faire de l’information sur Saint-Nazaire, entre autre lors du festival les Escales. Mais nous voulions créer une antenne nazairienne de proximité, avec l’appui de Nantes », explique Julien, co-coordinateur de SOS Méditerranée Saint-Nazaire qui, suivant les consignes nationales de l’association, restera discret sur son nom de famille. Voilà chose faite depuis cet été, bien que les mesures sanitaires aient ralenti la mise en place des actions prévues. « Nous sommes cependant déjà 10 bénévoles actifs et nous comptons 45 sympathisants*. Notre mission est de sensibiliser les habitants, de faire connaître le travail et les valeurs humaines de SOS Méditerranée, par des réunions, des événements, des animations auprès des scolaires, des stands d’information lors de manifestations comme les Escales, de concerts ou des prochaines éditions de la Figaro, nous avons dans ce sens déjà monté un partenariat avec le festival de cinéma Zones portuaires. Nous devons aussi chercher des financements, SOS Méditerranée fonctionnant à plus de 90 % grâce à des dons de particuliers et de structures privées, bien que le soutien des collectivités soit en plein développement », continue Julien.

A ce titre, il faut souligner l’engagement du Département de Loire-Atlantique qui a versé en 2019 une dotation de 500 000 euros (l’équivalent de celle octroyée à la SNSM) et de 250 000 euros en 2020. « Nous sommes chanceux dans l’Ouest. La Ville de Saint-Nazaire est également solidaire avec le vote en octobre d’une subvention de 10 000 euros par an pendant six ans – je précise que les antennes fonctionnent sans budget, tous les fonds partant sans déperdition à l’ONG. Et évidemment, cela a outré l’extrême-droite nazairienne qui accuse SOS Méditerranée de “soutenir l’immigration clandestine” en étant “instrumentalisée par des passeurs”. A l’accusation comme quoi nous encouragerions les passages clandestins, il suffit de regarder les chiffres pour savoir que c’est faux : durant les cinq mois où le navire Ocean Vicking a été assigné à quai, les traversées n’ont pas cessé. Avec ou sans bateaux de sauvetage, les gens fuient la misère et les violences. Ils n’ont pas toujours conscience du danger qu’ils encourent et se fient d’abord à la météo. Ce sont des hommes, des femmes, des enfants, des familles poussés par le désespoir », resitue Stéphane, co-coordinateur avec Julien.

Le code de la mer

BD parue en janvier 2019 aux éd. Futuropolis (19 €).

Faut-il rappeler que le sauvetage en mer constitue une obligation internationale et que “tout capitaine de navire qui reçoit une information indiquant des personnes en détresse en mer est tenu de se porter à toute vitesse à leur secours” (Convention de l’ONU, 1974) ? Et, avant même toute convention, le code d’honneur des gens de la mer n’a-t-il pas la solidarité comme socle ? Pendant que les Etats se renvoient la balle quant à leurs responsabilités légales en matière de sauvetage, SOS Méditerranée recherche en haute mer les embarcations en danger, tente de sauver des vies et, comme les conventions l’exigent, dépose les rescapés dans un port “sûr”, lieux de débarquement  malheureusement non identifiés par les différentes règles de droit international puisque l’on entre ici dans le droit de l’immigration et dans le droit d’asile. La suite appartient donc aux Etats, en l’occurrence ceux de l’Union européenne, qui ne relient pas droit de la mer et droit de leurs terres. Quant à l’obligation d’un port “sûr”, elle est contournée depuis 2017 par la coopération entre l’Union européenne et le pays de transit qu’est la Lybie.

« La plupart ont fui les camps de détention de Libye où ils ont subi l’esclavage, les violences, les tortures et les viols, et les garde-côtes libyens mandatés par l’Europe pour les intercepter en pleine mer les y ramènent, rappelle François, un bénévole. La seule bonne nouvelle est que l’Ocean Viking a pu reprendre ses missions lundi. L’Organisation maritime internationale estime à 1 156 le nombre de morts en 2020 en Méditerranée, et ce n’est qu’une estimation basse puisqu’elle ne tient compte que des corps repêchés ou échoués et des témoignages de gens qui ont vu embarquer ces personnes. SOS Méditerranée ne fait que sauver des vies et rappeler les droits fondamentaux de l’Homme. »

* En comptant Saint-Nazaire, il en existe 18 en France.
** SOS Méditerranée ne demande aucune adhésion.

///// Chronologie /////

L’association européenne SOS Méditerranée (France, Allemagne, Italie et Suisse), dont le siège est à Marseille, a été créée en mai 2015. Son objet ? En collaboration avec Médecins sans frontières, sauver les personnes en péril qui tentent de rentrer de manière irrégulière sur le territoire de l’Union européenne en les recueillant pour les débarquer dans un port “sûr”. Son premier navire, l’Aquarius, part en mission de sauvetage sur la route migratoire de la Méditerranée centrale en février 2016. Après 177 opérations de sauvetage, 62 de transbordement, 29 523 personnes secourues, 6 naissances à bord, de constantes pressions politiques et un harcèlement administratif, il est remplacé en août 2019 par le cargo Ocean Viking. Mais le 7 juillet 2020, l’Ocean Viking est immobilisé en Sicile par les autorités italiennes qui considèrent sans cynisme aucun que “le navire a transporté plus de personnes que le nombre autorisé par le certificat de sécurité pour navire de charge”. Il le restera cinq mois, l’ONG préférant répondre point par point aux exigences italiennes concernant entre autre le nombre de canots et de gilets de sauvetage plutôt que d’aller en justice et de perdre encore plus de temps et de vies humaines. L’Ocean Viking est enfin libre de quitter la Sicile le 21 décembre 2020. Après un passage à Marseille où il a pu embarquer équipage et matériel, il est reparti en haute mer ce lundi 11 janvier avec une équipe de 22 personnes (marins sauveteurs, un médecin, des infirmières et une sage-femme, et logisticiens), 9 membres d’équipage et 2 journalistes de Médiapart.

Depuis sa première mission en 2016, SOS Méditerranée a sauvé 31 799 personnes, dont un quart étaient mineures.

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