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mer. 21 mars 2018 - mar. 27 mars 2018 Cinéma

[zoom] La forme de l’eau

(Etats-Unis 2018) fantastique de Guillermo del Toro avec Sally Hawkins, Michael Shannon, Richard Jenkins. Durée : 2h03.

Peut-on, sous prétexte d’exercer dans le registre fantastique, se passer d’un scénario cohérent et crédible ? S’aventurer dans le domaine de la romance, est-ce forcément se vautrer dans la niaiserie ?

A ces deux questions, Guillermo Del Toro répond par l’affirmative avec son dernier film La forme de l’eau. Déjà largement récompensé aux Oscars, le film semble bien évidemment pétri de bonnes intentions et, dans la forme, tout est fait pour rassembler un large public avide de belles et fortes émotions en technicolor. Pensez donc, une héroïne avec un handicap (muette) qui s’éprend d’un monstre marin car ils ont en commun leur solitude : « Il me voit telle que je suis », se réjouit Elisa. C’est sûr, ce n’est pas Richard Strickland, le chef du labo, qui verra sa beauté intérieure. Misogyne, raciste, sadique (n’en jetez plus, l’aquarium est plein), le personnage joué par Michael Shannon (pourtant généralement impeccable, que ce soit dans la série Boardwalk Empire ou dans les films de Jeff Nichols) est ici invariablement mauvais.

A partir de là, on peut encore accepter de se trouver devant un conte moderne, avec ses stéréotypes et sa belle morale finale. On est donc en droit de s’attendre à de belles images et Guillermo del Toro nous offre un très joli album photo de l’Amérique du début des années 60 (plutôt album publicitaire que documents d’archives), avec ses belles Cadillacs rutilantes et ses balades jazzy charmantes. Tout n’est pas luxueux bien sûr, et le petit appartement modeste d’Elisa enchantera tout de même les pupilles des spectateurs grâce à une esthétique empruntée à Jean-Pierre Jeunet. Et le monstre dans tout ça ? – On est quand même venu pour lui – Un relookage de la créature du Lagon Noir (film d’horreur de 1954) version gendre idéal qui apparaît finalement un peu benêt quand il ne se montre pas sous son aspect féroce (que ce soit devant le directeur du labo ou bien le chat d’Elisa, chacun des deux en payant un tribut).

En conclusion pas grand chose à repêcher de ce naufrage cinématographique et, plus le film avance, plus le spectateur (du moins, celui qui écrit ces lignes) se liquéfie sur son siège. Le générique de fin apparaît alors comme une belle bouffée d’air après deux heures en apnée.

Jocelyn Prouff

Avis d’un spectateur :
« Voilà le plus bel hommage de Guillermo Del Toro au cinéma et aux créatures fantastiques qui le hantent depuis son enfance. La poésie monstrueuse, naïve peut-être – très personnelle sans aucun doute – de ce film en fait une œuvre accessible et unique, pleine de nostalgie et de réelle sincérité » Vanessa, 44 ans.

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