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sam. 15 juin 2019 Cinéma # Ciné Malouine

[zoom] L’adieu à la nuit

(France 2019) drame d’André Téchiné avec Catherine Deneuve, Kacey Mottet Klein, Oulaya Amamra.
Durée : 1h43.

Note de la rédaction :

Muriel, propriétaire d’un centre équestre dans les Pyrénées orientales, est heureuse de recevoir pendant quelques jours son petit-fils Alex. Le jeune homme part s’installer au Canada et si son départ la chagrine un peu, elle accepte ce nouveau projet de vie. Mais Alex, qu’elle connaît sensible et réservé, est comme à cran, porteur d’une anxiété qui la surprend. On ne sait pas grand-chose de leur histoire, mais on saisit qu’une grande tendresse lie cette veuve qui a perdu sa fille trop jeune à ce petit-fils qui a trouvé en elle le réconfort de la disparition d’une mère. Pourtant, aujourd’hui, le silence et la rigidité d’Alex sont comme incongrus dans le havre de beauté et de paix que Muriel a construit. Et quand elle le surprend en pleine prière dans le verger, son refus agressif de parler de sa conversion à l’islam l’interloque. Incrédule, Muriel ne peut s’empêcher de l’épier jusqu’à ce qu’elle comprenne que son petit-fils n’a aucune intention d’aller au Canada, mais bien de rejoindre le jihad en Syrie, probablement avec sa petite copine, la secrète Lila. Si Muriel est perdue et éperdue d’inquiétude, elle ne baisse pas les bras et va tenter l’impossible pour renouer le fil avec ce petit-fils qui n’est plus que mensonge et violence, puis tenter de le contrer dans ce voyage vers la mort.

André Téchiné ne traite pas ici du processus de la radicalisation. Hors de toute analyse sociologique et même psychologique, il capte avec simplicité le tsunami qu’elle crée autour d’elle. Alex a eu son lot de blessures, mais c’est un jeune homme banal et aimé, nous ne savons rien de Lila hors son travail auprès de personnes âgées qu’elle entoure d’attention, ils nous resteront tous les deux hermétiques. Seule la détresse des proches nous est atteignable : Muriel se sent comme répudiée, submergée par un terrifiant sentiment de rejet, rejet de sa vie, de ses valeurs, de ce qu’elle est et de ce dont elle est faite toute entière. Et c’est là que réside la force de cet Adieu à la nuit : l’incompréhension et l’impuissance. Comme il filmerait une trahison et une rupture, le cinéaste nous montre à voir les dramatiques tentatives d’une femme paniquée prête à tout pour sauver de lui-même ce petit-fils aimé dont elle ne connaît plus les ressorts. Un face-à-face brutal que Catherine Deneuve, actrice fétiche du réalisateur, et que le jeune Kacey Mottet Klein (que l’on avait aimé en 2016 dans son Quand on a 17 ans) assument comme deux aimants qui se repoussent. C’est certain, le regard de Muriel qui clôt le film nous restera longtemps en mémoire, tel un appel au secours auquel nous sommes incapables de répondre.

Avis à chaud d’un spectateur
« Je regrette que l’on n’en sache pas plus, que les motivations et les réseaux ne soient pas plus fouillés. J’ai un peu l’impression d’être resté à la surface des choses. Mais je suis tout de même touché, c’est un beau film. » (Francis, 54 ans)

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