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mar. 11 févr. 2020 Cinéma # Salle Jacques-Tati

[zoom] Histoire d’un regard

(France 2020) documentaire de Mariana Otero.
Durée : 1h33.

Note de la rédaction :

Quand Mariana Otero tourne les pages du livre Scrapbook de Gilles Caron que l’on vient de lui offrir, elle est comme happée par un portrait du jeune photojournaliste au regard si droit. Peut-être parce que Gilles Caron n’est pas mort à 30 ans, il a juste disparu pour toujours le 5 avril 1970 sur la route n°1 qui relie le Cambodge au Vietnam, une zone contrôlée par les Khmers rouges, une question s’impose à elle : qui était cet homme derrière l’objectif, qu’est-ce qui animait l’auteur de ces clichés dont la plupart font partie de notre mémoire collective ? La cinéaste va d’abord rencontrer Marjolaine Bachelot-Caron, sa fille, qui va lui confier le disque dur des 100 000 photos conservées par la fondation Gilles Caron, et s’immerger dans des rouleaux et des rouleaux numérotés de pellicules. Commence une longue reconstitution de l’histoire de ces clichés qu’il faut remettre en ordre de prises de vue à partir de tirages de planches contact. Un travail considérable et scrupuleux qui recompose peu à peu la chronologie des déplacements, les choix de positionnements face aux événements, l’amour du pas de côté, la volonté de ne pas suivre les groupes de journalistes encadrés, qui restaure l’avant et l’après de chaque cliché et qui met en lumière la profonde conscience du photographe. Que ce soit la guerre des six jours, les affrontements du Dak To au Vietnam, la fameuse photographie d’un Cohn-Bendit goguenard face à un CRS devant la Sorbonne, Londonderry auprès des catholiques ou au Tchad, Gilles Caron ne se contente pas de couvrir l’actualité et d’envoyer ses rouleaux à l’agence Gamma, il nous raconte des histoires de femmes, d’hommes et d’enfants un instant saisi et qu’il met au centre de son récit. Des visages et des vies qui ne peuvent que hanter. En à peine six années d’opérations sur le terrain d’un monde ravagé par la violence, lui qui venait juste de revenir de deux ans de cauchemar dans la guerre d’Algérie nous transmet des regards de personnes singulières au cœur de la tourmente à travers l’œil qu’il a posé sur eux. Et ses questionnements mêmes sur le sens de son travail de photographe, comme avec cette image bouleversante de son confrère et ami Raymond Depardon en train de photographier un enfant mort de faim au Biafra.

Histoire d’un regard n’est pas qu’un documentaire magnifique, il est rempli des émotions d’une cinéaste dont la mère est également morte à 30 ans lors d’une autre guerre, celles des femmes, à la suite d’un avortement clandestin, et la sensibilité d’un homme talentueux. Unique.

Le film ayant été visionné en projection presse, il nous a été impossible de recueillir l’avis à chaud d’un spectateur.

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