L’envolée de la Chrysalide : une utopie réelle
L’association qui s’est installée dans l’ancien hôtel-restaurant La Luna, avenue de La République, est un lieu unique, proposant un restaurant adapté, un habitat partagé entre seniors et étudiants et enfin une résidence pour les jeunes salariés handicapés du restaurant. Un projet novateur aux multiples influences.
Patricia Abellard est à l'origine de l'Envolée de la Chrysalide.
Avenue de la République. Un panneau au slogan évocateur “Restaurant utopiste”. L’ancien hôtel-restaurant La Luna est devenu l’Envolée de la Chrysalide. Un lieu unique dans la région. Une utopie qui est devenue réalité pour sa fondatrice Patricia Abellard. L’établissement regroupe à la fois un habitat partagé entre seniors, étudiants et jeunes handicapés et un lieu de travail pour ces derniers. « Mattéo est à l’origine de la Chrysalide », affirme Patricia Abellard. C’est le nom de son fils atteint d’autisme. Ce lieu est à l’image de ce qu’elle veut pour lui et pour tous ces jeunes déficients mis en marge de la société. « Quand sa sœur a eu 18 ans, son appartement, son premier job, il nous disait pourquoi pas moi aussi ? En effet, pourquoi il n’aurait pas une vie comme nous tous ? Vivre parmi les autres, avec leur libre choix. C’est ça l’inclusivité », réaffirme-t-elle. Une idée et un rêve que beaucoup de parents ont pour leur enfant handicapé. Patricia Abellard a, en effet, subi le parcours classique et tortueux réservé aux parents d’enfants touchés par le handicap : Mattéo a été mis en dehors de l’école à six ans et puis c’est le parcours du combattant pour trouver une structure adéquate, avec le passage obligé en Belgique. « Il n’y avait pas de possibilités en France. On s’est tournés vers la Belgique. La CPAM payait tout, les allers-retours La Baule-Bruxelles et l’hébergement, le suivi. » Mais elle ne pouvait se satisfaire de cette situation, persuadée que son fils a une place dans la société. Elle créa d’abord l’Ecole chrysalide. « On avait deux enfants au départ. Aucune reconnaissance officielle. Aucun soutien financier. » Puis en 2018, elle rencontre Frank Hamon, homme d’affaires nazairien bien connu, propriétaire, entre autres, du Garage et de plusieurs tiers-lieux. « On m’a tellement dit que je ne trouverai jamais d’investisseur. Même la banque s’est engagée sans garantie. » Le projet prend du retard avec la Covid. Mais 2021, tout s’accélère. En septembre 2022, les chambres des seniors et des étudiants sont louées, le restaurant ouvre le 3 octobre dernier. Les appartements des jeunes handicapés seront livrés d’ici la fin de l’année.
Un restaurant adapté
L’ambiance y est cosy. Voire « un peu féminine », reconnaît Patricia Abellard. « Je veux que les gens viennent parce que c’est beau et bon et pas parce que c’est un lieu de handicap. » Le service est adapté, les menus sont différenciés par des codes couleur. « Nous avons reçu rapidement l’agrément de restaurant adapté. » Outre leur compétence professionnelle, les salariés en cuisine comme en service ont été embauchés aussi pour leur sensibilité à travailler avec des salariés touchés par la déficience intellectuelle. « Il était important pour nous qu’ils s’inscrivent dans le projet global de cette entreprise. » Et même s’il y a parfois quelques ratés, le résultat de ces premiers 15 jours de fonctionnement se révèle satisfaisant. Les jeunes sont formés par le Lycée hôtelier Sainte-Anne qui a développé une pédagogie adaptée. Certains de ces jeunes travaillaient déjà dans des restaurants spécifiques comme le Reflet à Nantes.
Un habitat partagé
L’Envolée, c’est aussi un projet inter-générationnel entre seniors et jeunes. « Durant la Covid, certains seniors ont mal vécu le confinement. En postulant ici, ils brisent leur solitude », explique Béatrice Tourancheau, coordinatrice du lieu. Onze candidats ont postulé pour cinq logements. « Nous étudions les personnalités. » Et 14 chambres sont proposées aux étudiants. « Nous prévoyons des animations pour que les différentes générations se retrouvent et partagent des moments conviviaux. » Également, une famille ukrainienne est accueillie actuellement.
///// les projets /////
L’établissement ne manque pas de projets puisqu’une salle d’une capacité de 94 places peut-être privatisée.
Un service de vente à emporter à prix abordable sera ouvert dans quelques jours.
Actuellement en travaux, un jardin extraordinaire avec un potager, qui fournira les légumes au restaurant, devrait également voir le jour durant l’année.
