Une grande oubliée de notre histoire ressuscitée
Odette du Puigaudeau, ethnologue et exploratrice du XXe siècle, et de surcroît Nazairienne (ce qui ne gâche rien !) est mise en lumière par la Cie des Trois Thés, le service mission Patrimoines de la Ville et Monique Vérité, confidente et héritière de son œuvre, à l’occasion d’une exposition à l’image de cette femme… Exceptionnelle.
« Si imparfaite que soit la société maure, avant de la bouleverser, il faudrait être sûr d’avoir mieux à offrir », écrivait-elle, dans Pieds nus à travers la Mauritanie, 1936, couronné par l'Académie française.
À tout juste 130 ans (date anniversaire de sa naissance), Odette du Puigaudeau revient sur ses terres nazairiennes, et fait (enfin !) parler d’elle. Née au cœur de la cité portuaire, rue du Traict, à quelques pas de la galerie des Franciscains où une “expo-événement” lui est consacrée à juste titre, l’aventurière au long cours, quasi inconnue des Nazairiens et jusqu’alors tombée dans les oubliettes de la grande Histoire et du monde scientifique, nous fait entrer dans son œuvre et sa vie hors du commun…
Une « archive vivante »
« C’est comme si on l’avait ramenée au pays », s’émeut Monique Vérité, la confidente, biographe et héritière du patrimoine d’Odette du Puigaudeau qui, avant de s’éteindre à Rabat (Maroc) en 1991, lui avait légué cette selle majestueuse offerte par un émir pour ses traversées à dos de chameau dans le Sahara, et ce coffre qui, tous deux, trônent dans la galerie des Franciscains, parmi les nombreux objets, aquarelles, photographies, carnets de voyage, dessins originaux de l’exploratrice. Laquelle lui aurait susurré à l’oreille : « C’est pour que vous me fassiez ma pub ! », et celle, « bien sûr, de toute cette culture nomade qu’elle a su mettre si merveilleusement en lumière », ajoute Monique Vérité qui, à travers ses conférences, les expos comme celle-ci, la réédition des livres, a fait sortir de l’oubli cette « archive vivante », cette femme atypique, avant-gardiste, féministe, militante, anticoloniale, antinucléaire… Tour à tour « dessinatrice dans des laboratoires scientifiques parisiens, styliste chez Lanvin, matelot sur des thoniers bretons, journaliste » qui n’hésitait pas à s’habiller en homme et à prendre un pseudo masculin pour aller enquêter à la Bourse de Paris, entre autres lieux alors interdits aux femmes !
Une notoriété actuelle ?
Interdit aussi de partir en expédition ! Mais de cette interdiction, Odette du Puigaudeau en fera fi. Et c’est avec sa compagne, Marion Sénones, que l’intrépide voyageuse autodidacte partira du côté de l’Ouest saharien, au début des années 1930 et deviendra une ethnologue d’immersion comme on n’en a alors jamais rencontrée. Des milliers de kilomètres à travers le désert, deux femmes, seules, à l’affronter, à leurs risques et périls, à supporter les intempéries, les conditions d’hygiène quasi inexistantes, la précarité des campements…
Quatre grandes expéditions (1933/34, 1936/38, 1950/51, 1961) en Mauritanie surtout, mais aussi au Sénégal, au Mali et au Maroc, sept récits de voyage, un grand nombre d’articles scientifiques, et une thèse d’ethnographie, sous la direction de l’illustre Théodore Monod, Arts et coutumes des Maures, la plus grande étude jamais réalisée sur le quotidien des peuples sahariens, « jamais soutenue », et publiée à titre posthume. Ce même Théodore Monod qui qualifiait sa vie de « destinée hors série, au vrai sens du mot ». Une femme, une destinée, une vie d’exception, des travaux précieux et une notoriété qui « refont surface dans le monde scientifique. Les jeunes chercheurs d’aujourd’hui font des thèses sur Odette du Puigaudeau, et jusqu’à Barcelone, on parle d’elle », se réjouit Monique Vérité qui gère plutôt bien sa campagne de pub !