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Spectacles # Saint-Nazaire

Et si on remettait la balle au centre ?

La parole d’adolescents qui ont fui leur pays, et de celles et ceux en charge de les encadrer. Un théâtre documentaire engagé et poignant qui pose cette question cruciale : quel accueil réserver à ces jeunes exilés trop souvent mis sur le banc de touche ?

La scène ? Un terrain de football fait de bouts de carton, des ballons usés dispersés ici et là… Au centre du jeu, Sonia Chiambretto et Yoann Thommerel, fondateurs du G.I.G (Groupe d’information sur les ghettos). Plusieurs mois durant, le duo d’artistes s’est immergé dans un Centre d’accueil pour mineurs non accompagnés situé au milieu d’une forêt normande, partageant ainsi la vie et le vécu d’adolescents déracinés, et des équipes encadrantes. De cette expérience en immersion sont nés deux portraits : celui du directeur du centre et celui d’un jeune mineur isolé, qui se retrouve en situation irrégulière sur le sol français. En d’autres termes, un “migrant”. Une appellation « qui a tendance à dépersonnaliser, à déshumaniser », confient Sonia Chiambretto et Yoann Thommerel. Des poètes-metteurs en scène qui vont droit au but, et qui n’hésitent pas à les (tous ces jeunes qu’ils ont rencontrés) nommer. Au milieu du terrain de foot qui devient  dès lors « le théâtre des rêves et des réalités de ces jeunes », les artistes documentaristes restituent «  une forme de vie collective pour (re)questionner le réel par le moyen de la fiction et de la poésie », lit-on dans le magazine Zut.  

Cette pièce, second volet de La trilogie des frontières invisibles, est une œuvre puissante, essentielle qui se sert du champ lexical footballistique (engagement, surface de réparation, occupation de terrain…) avec justesse pour mettre le doigt sur une réalité trop souvent amère. Pour ces jeunes personnes vouées au déracinement, à l’isolement et à la précarité, ce sport joue un rôle essentiel dans leur vie. Le football, comme réel moteur d’intégration. Certains d’entre eux jouent dans « des petits clubs en France. Ils sont appréciés par les entraîneurs parce qu’ils marquent des buts ! » Et le terrain, comme  « espace où les frontières invisibles peuvent se révéler. Les garçons nous ont raconté comment ça marchait, on les fait jouer pour marquer un ou deux buts et après on les remet sur le banc de touche. C’est d’abord les enfants du cru qui doivent occuper le terrain, même s’ils sont nuls. » Hors-jeu au foot comme dans la vie. Un coup franc et dur pour ces jeunes qui ont des rêves, des ambitions… et qui se retrouvent trop souvent confrontés à l’inhospitalité. Plus qu’un théâtre documentaire qui donne la parole à celles et ceux dont l’existence est placée sous le signe de l’invisibilité, Mineur non accompagné est un geste politique.