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Cinéma # Ciné Malouine

[zoom] 5 septembre

(Allemagne, États-Unis 2025) drame de Tim Fehlbaum avec Peter Sarsgaard, John Magaro, Ben Chaplin.
1h35.

Note de la rédaction :

Harrison’s Flowers (2000) qui traite de la guerre en Yougoslavie, The Bang Bang Club (2010), de l’apartheid en Afrique du Sud, Lee Miller (2023), de la libération des camps de concentration de Dachau et de Buchenwald… Une liste goutte d’eau face à l’ampleur de la production océanique de films dits journalistiques. Depuis L’Opérateur (The Cameraman) de Buster Keaton en 1928, les cinéastes n’ont eu de cesse de braquer leurs caméras sur la profession, comme fascinés par ses valeurs imputrescibles, quand elle ne sombre pas dans la globosfake, et par tous les symboles forts qu’elle renvoie : courage, abnégation, contre-pouvoir, tolérance, garde-fou de la vérité, de la liberté…, de penser, d’expression. Des films (essentiels) pour filmer ces journalistes, reporters de guerre, photographes, cameramen (essentiels) qui dénoncent (des scandales), montrent (les horreurs), informent (de l’état de santé de notre monde), décryptent (les enjeux), racontent sans juger ; une espèce d’agitateurs des consciences à préserver, et d’autant plus aujourd’hui ! Alors quand Balzac écrit dans Illusions perdues « si la presse [à généraliser par le journalisme] n’existait pas, il faudrait ne pas l’inventer », on crie NON. Et OUI à des films comme 5 septembre. Un film qui s’appuie sur des faits réels et nous plonge au cœur de l’action journalistique, dans les coulisses d’une frénétique machinerie médiatique qui signe là l’avènement de l’info en direct et en continu ! C’est la première fois qu’un acte terroriste est diffusé en live, et dans le monde entier : 900 millions de spectateurs plantés devant leur petit écran. Inédit dans l’histoire du journalisme. L’enjeu est de taille, et c’est tout naturellement que se posent les premiers dilemmes éthiques et journalistiques… Le choc des images, mais à quel prix ? La course à l’audimat, pour la gloire de qui ? Le scoop, quoi qu’il en coûte ? Jusqu’où peut-on aller pour avoir des images ? Peut-on, doit-on tout montrer ?  

Nous sommes le 5 septembre 1972. Voici près d’une semaine que les Jeux olympiques de Munich ont débuté. Le commando palestinien Septembre noir prend en otage 11 athlètes israéliens, alors que les compétitions se poursuivent. À quelques centaines de mètres de là, la confusion règne, la tension monte d’heure en heure dans les studios de la chaîne américaine ABC… Sports. Luttes internes sur la prise de la couverture médiatique, négociations sur les tranches horaires, coupures d’interview en plein live, usage de subterfuges pour faire de l’image, montage et galères de bobines, titres faits à la pince à épiler, bidouillage sur les téléphones à cadran, talkie-walkies, et gros ratés… Une autre époque, loin du tout-numérique ! Une version vintage réussie qui nous fait vivre intensément la “chose” de l’intérieur ; aux premières loges de l’information qui se fabrique…, sous nos yeux. Bref, un huis clos qui met sous tension, ultra réaliste, entrecoupé d’images d’archives ; fascinant à regarder d’un point de vue journalistique, technique et psychologique. Car derrière les caméras, ne l’oublions pas, il y a des hommes (peu de femmes, on le déplore !) mais des hommes (et des femmes, malgré tout !) avec des émotions ! Seulement parfois, entre raison et scoop toujours, le cœur balance !