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Cinéma # La Toile de Mer

[zoom] Un parfait inconnu

(États-Unis 2025) biopic de James Mangold avec Timothée Chalamet, Edward Norton, Elle Fanning.
2h20.

Note de la rédaction :

Un parfait inconnu ne dit rien du passé ni d’où vient le mystérieux ménestrel. Normal puisqu’il est Un parfait inconnu. Comment de toute façon donner à connaître Bob Dylan, ce mystificateur né qui a toujours aimé falsifier les faits à son sujet, autant par jeu que par dissimulation malicieuse ? Pour ce 5e biopic consacré à ce mythe encore vivant, James Mangold a donc choisi une toute petite période dans la très longue carrière de l’icône : de son arrivée à New York en 1961 à son concert scandale au festival de Newport en 1965. Son ascension fulgurante dans le monde de la musique folk, les rencontres déterminantes, son passage à l’électrique, sa relation avec l’une des figures du folk Pete Seeger, ses amours avec une autre légende, Joan Baez, et Suze Rotolo y sont racontées chronologiquement, sans images d’archives. Sans chaleur aussi. Un parfait inconnu est le film d’un cinéaste très (trop) précautionneux à la recherche de la perfection. À l’image de l’interprétation de Timothée Chalamet qui va jusqu’à prendre la voix du modèle qu’il copie donc, tellement parfaitement. Un changement, une révolution même dans le monde du cinéma musical puisque, pendant longtemps, la tradition était plutôt celle du play-back… Du coup, sentiment très étrange. L’impression que Chalamet phagocyte Dylan. Malgré cette appropriation du rôle, le traitement biographique et émotionnel reste superficiel. Alors oui, l’émotion passe par endroits mais elle est due à la force poétique de celui qui a reçu le Nobel de littérature en 2016, et la mise en scène a bien besoin que la musique vienne à son secours pour la transmettre. Elle y occupe d’ailleurs une place centrale avec des performances live ainsi qu’une immersion dans la poésie des textes du génie, loin d’être maudit, et de son processus créatif. D’où viennent ses chansons ? Lui-même est incapable de répondre. Du soir au matin, il compose sur fond de guerre froide, menaces nucléaires, et de combats pour les droits civiques dont l’engagement est favorisé par Joan Baez, déjà diva du folk. Le gamin opportuniste suit le mouvement et résume le changement d’époque avec The Times They Are A-Changin’ (Les temps sont en train de changer). Un hymne qui le dépasse et qui résonne aujourd’hui : “Venez rassemblez-vous tous braves gens/D’où que vous veniez/Et admettez que les eaux/Autour de vous ont monté/Et acceptez que bientôt/Vous serez trempés jusqu’aux os”. L’intérêt principal du film, qui ne rend pas toujours le chanteur à l’harmonica très sympathique, est sa dimension didactique auprès des moins de 30 ans ou non-initiés, et, finalement, de ne jamais lever le voile sur le mystère de ce Mister Dylan.