Fado RéMiniscence !
Faire renaître de ses cendres une danse jadis censurée, la parodier, la sublimer, la sensualiser… Le pari audacieux des chorégraphes et performeurs portugais Jonas&Lander.
Le mot fado vient du latin et signifie destin, ce qui en dit long sur sa profondeur.
« Ils ne s’interdisent ni la parodie, ni l’impudeur. » Jonas&Lander font de la transgression du fado leur signature. Avec Fado Beta, majestueux voyage fictif et sensuel dans une Lisbonne du XIXe siècle, le duo ne se gêne pas pour « déconstruire l’image du fadista mâle et libérer les corps », ceux-là mêmes sublimés par la voix déchirante de Jonas. Véritable traversée chorégraphique et musicale, cette création à l’orée de l’hybride, entre danse et concert est aussi puissante que subversive ! Défiant la morale par son caractère érotique et provocateur, le fado, arme rebelle, instrument de propagande, a souvent été victime de la censure. En 2011, il a été déclaré Patrimoine culturel et immatériel de l’humanité par l’Unesco. Quelle belle revanche ! Et c’est avec brio que Jonas&Lander s’emparent de cette mémoire. Celle où le fado spontané trouvait place dans les ruelles, dans les champs et dans les tavernes. Sur la scène, un kiosque à musique illumine les musiciens, qui semblent avoir parcouru toutes les mers du globe, une imagerie en dialogue direct avec les folklores portugais et afro-brésiliens. Entre humour et poésie, les neuf interprètes “tapent le fado” avec une maîtrise incroyable. Toutes et tous, chaussés de bottines, scandent une multitude de cadences en effectuant des claquettes sans jamais s’interrompre. Entre sonorités douces ou nettement plus cinglantes, ils détournent ou marquent le tempo des différents chants magistralement bien interprétés.
“Qu’est-ce que le fado ?”, conférence par Agnès Pellerin. La chercheuse questionnera l’évolution du rapport au corps dans le fado, des danses licencieuses à la sacralisation du chant, en passant par le travestissement, de 19h à 20h, jeudi 27 février, avant le spectacle. Gratuit.