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Cinéma # Saint-Nazaire

Quand les lycéens se mettent à la critique ciné

Après le César des lycéens, Lycéens et apprentis au ciné, place au prix Jean-Renoir… Depuis la rentrée, une trentaine d’élèves du lycée professionnel d’Heinlex troque, le temps d’un film, aiguilles et matériels de laboratoire contre la plume ! Sa mission ? Écrire une critique de cinéma, comme des pros…

Pour Apolline, Kessee et Théo, cette expérience est aussi l’occasion de montrer leur travail rédactionnel aux réalisateurs. Certaines critiques (écrites, sonores ou audiovisuelles) sont publiées sur le site. « C’est bien qu’ils puissent lire les avis que portent les jeunes sur leurs films. »

Si ce n’est pas métamorphosés dans leur entièreté, c’est souvent le regard changé et l’esprit en ébullition qu’ils ressortent du cinéma Jacques-Tati, salle partenaire. Secoués, heurtés, choqués, en colère ou en joie ; de retour en classe, généralement le débat est animé ! Chacun y va de son petit commentaire, affûte ses arguments, partage son avis, défend son point de vue, écoute ce que les camarades ont à dire. Une première étape dans l’aventure du prix Jean-Renoir des lycéens, prix orchestré par le ministère de l’Éducation nationale et le Centre national du cinéma et de l’image animée. La seconde phase ? Sortir sa plume, la plonger dans l’encrier de l’inspiration, et produire une œuvre critique sur le film visionné ! Et qu’importe la forme qu’elle prend : une lettre, une recette, une planche de BD… « L’idée est que les lycéens fassent une critique de cinéma professionnelle avec plus ou moins d’originalité et de fantaisie. Certes, la rédaction d’une critique est une technique d’écriture pas toujours facile à appréhender, mais au final, ils s’en sortent super bien. Les résultats sont là, vraiment satisfaisants », se réjouissent Sabine Delbarre et Bénédicte Bourdeau, toutes deux professeures de français/histoire-géo au lycée professionnel d’Heinlex, instigatrices de cette belle aventure. Une première participation pour l’établissement et de facto, pour la trentaine d’élèves évoluant en 1re Mode et couture, Procédé de la chimie et Pilotage de production. Une expérience qui ne les laisse pas sans voix. « C’est super intéressant », lance Apolline. Et Jessym de rebondir : « On voit des films qu’on ne serait jamais allés voir spontanément, comme Vingt Dieux, par exemple. Avec ce film, j’ai appris beaucoup de choses du monde agricole. Aujourd’hui, je le regarde différemment ». Une pensée validée par Kessee : « Ça nous change des cours habituels, c’est sûr, mais surtout ça nous nourrit, nous cultive, nous ouvre les yeux, nous fait réfléchir sur le monde. » Et du côté de l’écriture, « eh bien, tout dépend du film, rétorque Juliette. Les mots peuvent couler tout seuls, ou plus difficilement si on est moins inspirés. Mais on y arrive toujours ». En tout cas, pour Cassie, une chose est sûre : « C’est beaucoup plus passionnant que de faire une rédaction basique ! » 

Une classe de 1re d’Heinlex participe également à Graines de reporters scientifiques, projet porté par la Fondation Tara Océan.
L’objectif ? Monter, avec Les pieds dans le Paf, un court-métrage de trois minutes sur “ Faut-il s’inquiéter des larmes de sirènes ?” Vaste sujet…
 

Au total, ils auront découvert six films étrangers ou français sortis en salle dans l’année. Ils en ont déjà vu et critiqué quatre :  Tatami, sur la judokate iranienne Leila ; L’histoire de Souleymane, sur ce jeune Guinéen sans papier ; La plus précieuse des marchandises, sur ce couple de bûcherons polonais qui recueille un bébé juif ; Vingt Dieux, sur la jeunesse agricole.  Bird, ce mois-ci à l’affiche et Black Dog, le prochain, pour clore la série. Des films de société, pleins d’humanité, de tolérance, des films engagés, des films qui font réagir et qui valent bien « une heure de cours de citoyenneté », soutiennent les professeures. Des créations cinématographiques qui dénoncent des injustices, qui parlent de résistance, qui lèvent le voile sur des réalités de vie… Des films pas faciles qui les font s’interroger, se questionner. Qui les font « grandir, comme le dit si bien Théo. On brise nos préjugés, et on prend conscience de comment le monde fonctionne autour de nous ». Une aventure qui ne s’arrête pas là. Mi-mai, deux des critiques ciné d’Heinlex partiront à Paris pour élire, avec d’autres lycéens de France et de Navarre participants au jury, le film lauréat. La remise du prix aura lieu à la Femis*, rien que ça !  

* Fondation européenne des métiers de l’image et du son