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Cinéma # La Toile de Mer

[zoom] La fabrique du mensonge

(Allemagne 2025) biopic de Joachim Lang avec Robert Stadlober, Fritz Karl, Franziska Weisz.
2h04.

Note de la rédaction :

Difficile de ne pas faire le parallèle ! De Goebbels à Steve Bannon, de Mao Zedong à Bolsonaro, de… – un puits sans fond, grand mal nous fasse –, l’art de la manipulation est une affaire de “spin doctors”. Vous savez, ces espèces de mauvais génies de la persuasion, de “malgiciens” du faire croire qui haranguent les foules, tronçonneuse à la main ! Le truc à la mode, à en devenir tristement viral, qui fait le buzz, séduit et fait sourire (enfin, pas tous, ouf !). Cependant, devant cette méga folie scénarisée et l’écho (trop souvent positif) qu’elle produit sur les masses, loin de nous l’idée de rêver d’une probable « ext… », oup’s, disparition de ces docteurs ès manipulator ; les guillemets en référence à l’abject lapsus intentionnel (!) du Doctor (tiens, tiens !) Goebbels lors de son discours au Sportpalast, le 18 février 1943. Discours ô combien enflammé et virulent, histoire de bien chauffer le peuple à blanc, de lui redonner du baume au cœur après la défaite de Stalingrad et de raviver, face au “danger juif”, la flamme « nationale-socialiste » que Hitler préfère à patriotique. Un discours qui a propulsé au (presque) sommet du IIIe Reich ce sorcier « qui a encore laissé opérer sa magie. Mon sorcier… », partagera Hitler au mal personnifié qu’est « ce nabot perfide », selon Göring, son grand rival. Certes, la magie opère, mais la magie du pire, assurément. « Le peuple veut des légendes ? » Qu’il soit servi. Du haut de son 1,65 m, le disgracieux PDG de l’usine à mensonges les écrira, les éructera (devant son miroir, avant de déclamer sa fureur, en grand showman). Pire, ces légendes, il les façonnera dans le marbre de la grande Histoire, comme il a façonné l’image de Hitler. Comme il a créé le mythe Hitler… À coups de rhétorique fanatique, de mise en scène théâtralement orchestrée, de montage bidon, de slogan choc bâti sur du fake, d’œuvre cinématographique au goût amèrement nauséabond, comme Le Juif Süss de Harlan ou encore Le Juif éternel de Kolberg, le préféré du Führer. Des cinéastes, comme Leni Riefenstahl, à la botte du régime, qu’il choiera. Sans commentaires. Il fera de l’information une véritable arme de guerre. Cinéma, presse, radio, sur tous les fronts, il mènera l’offensive de la propagande nazie, dès mars 1938 lorsque Hitler entre triomphant à Vienne et ce, jusqu’à son macabre dernier souffle. Une mécanique bien huilée que le réalisateur, Joachim Lang, entre fiction et images d’archives, nous permet de voir de l’intérieur… Dans l’intimité du pouvoir nazi. Un biopic qui nous invite ainsi à rentrer dans l’intimité de l’un des plus grands “influenceurs” du XXe siècle, si ce n’est à rentrer dans sa tête, Oh my… ! On le voit, au plus près… chez lui, papa joueur avec ses six enfants dont le prénom commence par un H comme… mari volage, amant déchu, grand séducteur à la perversité obscène. On le voit au travail, grand orateur, fin stratège, virtuose de la ruse, cynique avec ses collaborateurs, machiavélique quand il s’agit d’anéantir les peuples “inférieurs”. On le voit incarné, tempétueux, exalté, grand admiratif devant l’éternel « oncle Hitler » qu’il aime comme un père. On le voit trop… humain, à l’image de ce Hitler trop… rondelet qui ressort un peu trop… sympathique ! Le bémol de ce film qui, malgré tout, reste une œuvre nécessaire. Plus que jamais.