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Cinéma # La Toile de Mer # Salle Jacques-Tati

[zoom] Le système Victoria

(France 2025) drame de Sylvain Desclous avec Damien Bonnard, Jeanne Balibar, Cédric Appietto.
1h41.

Note de la rédaction :

La vie semble échapper à David (Damien Bonnard). Cet ancien architecte, aujourd’hui directeur de chantier, est chargé de la (re)construction d’une tour de plus dans le ciel du quartier d’affaires de la Défense. Une commande de Koweïtiens sans état d’âme et une course contre la montre pour tenir des délais impossibles. Harcèlement permanent des clients, du promoteur, sans pitié et zéro compassion, auquel s’ajoutent d’incessants contretemps (malfaçons, humiliations, tentative d’intimidation, de corruption…), David est sous pression. Les retards s’accumulent malgré les journées de 16h, 17h, 18h. La tension est au sommet dès les premières secondes de ce thriller amoureux, inspiré d’un roman d’Éric Reinhardt. David est réveillé avant le réveil. David roule vite. David vit vite ou plutôt ne vit plus. Car le chantier est vertigineux. Il faut, il veut respecter les délais quoiqu’il en coûte et terminer le plus rapidement possible cette tour… infernale comme exigé. Car dans le monde du BTP, le client est là aussi roi et les lois du marché de l’immobilier et du bâtiment, impitoyables. Il faut s’adapter ou prendre un risque. David choisit l’option deux.  Normal qu’il soit oppressé. Jusqu’à l’arrivée d’une panthère noire… providentielle ? Victoria (Jeanne Balibar). Une femme, une reine, à l’assurance qu’il a perdue et à la confiance aussi qu’elle semble savoir redonner à cet archi stressé. On pressent que ça ne sent pas très bon, sans vraiment trop savoir comment tout cela va s’imbriquer. À quel jeu joue Victoria ? Quel drôle de tour lui réserve cette femme puissante, à la fois ultra libérale et ultra libérée, qui affiche un inébranlable sang froid et une maîtrise totale en tout ? Le suspense reste entier jusqu’au dénouement. Le système Victoria est en réalité celui, sordide, des puissants qui fixent des objectifs intenables à des bonnes pâtes, comme David, qui les acceptent au détriment de leur santé, de leur famille, de leur vie… La question est pourquoi acceptent-ils ? Probablement parce que « ces pauvres types ont besoin d’être héroïques », comme le glisse la vénéneuse Victoria aux yeux de biche malicieux. Sur fond de manipulation et de relation torride, ce film de Sylvain Desclous est finalement vraiment glaçant.