Alexandra Heude, l’art de montrer la voix de la liberté
Pour Alexandra Heude, artiste n’a jamais été un métier mais une identité. Peintre, autrice, féministe, la Nazairienne vit pour l’art plus qu’elle n’en vit. Sa prochaine exposition, Les Redoutées, mêle peintures, photographies, dessins, poésies. À voir jusqu’au 30 mars.
Textes, photos, dessins, poèmes, cette ancienne élève des beaux arts de Lorient et arts déco de Strasbourg propose une installation avec cette « envie qu’on rentre dans ma boîte crânienne ».
« Je suis clairement un transfuge de classe », claironne celle qui se présente comme artiste-paysanne. Originaire de Haute-Bretagne, elle évoque sans détour son milieu modeste, sa mère « bonne à 14 ans », des parents aimants la laissant libre. Libre de s’ouvrir à la culture, de planter des clous dans sa chambre, d’y tendre des fils. Pas étonnant que ses œuvres évoquent la filiation, les strates invisibles qui relient les êtres entre eux. À l’image de sa 1ère exposition, Ce qui nous lie, à la Conciergerie d’art de Rennes. Un an plus tard, en 2023, le Jardin à Saint-Nazaire accueille Love & paradise. Trois cents dessins de plantes au brou de noix pour que les « paradis et jardins comme des souvenirs ne soient jamais perdus ».
Les liens du sens
Avec Les Redoutées, elle poursuit ce travail d’assemblage, de transmission. Ce titre polysémique convoque Pierre-Joseph Redouté, peintre des fleurs, mais aussi ses grands-pères, prénommés Pierre. Un titre déclencheur d’où tout découle. Car l’artiste procède par « analogies, associations de sons, d’idées…, toujours à la recherche de la symbolique ». Ce nouveau projet foisonnant affiche encore un continuum avec sa mère. Celle-là même qui lui a transmis sa connaissance botanique et dont cet accrochage est une sorte de femmage* à ses libertés d’action, de corps, de pensée… En sous texte, Les Redoutées fait aussi référence aux « Mater Dolorosa, femmes disparues, connes, noyées, paysannes, aïeules, mères, enfantes… » Alexandra y parle de l’intime qui, pour elle, est politique puisqu’elle le « sort de l’invisible. Quand on parle de soi, on parle à d’autres et on ouvre la voie. Libérer sa parole intime fait en sorte que celle des autres se libère », assure celle qui a proposé de créer des pancartes artistiques lors de l’atelier d’Art manifeste dans le cadre de la Journée internationale des droits des femmes. Elles aussi ont pour objectif d’être support d’expression de la parole libérée. « Encore aujourd’hui, pour les femmes, prendre la parole est un acte militant. » Une proposition en cohérence avec sa pratique et dans la continuité de ses séries Liberté chérie ou de ses cartes postales Faction Femmes à message féministe. Et même si elle dit avoir une pensée onirique, Alexandra Heude a décidé de ne plus se contenter de rêver sa vie d’artiste… libre.